Une question de motivation pour le salarié et l’employeur.
Les difficultés rencontrées par le secteur de la production agricole pour recruter ne sont pas nouvelles, mais deviennent de plus en plus cruciales, dans la mesure où il est évident que la pénurie de main-d’œuvre risque de s’accentuer. Les raisons sont connues : image dégradée, concurrence avec d’autres secteurs, contraintes de travail le week-end … Handicap également mis en évidence par les différents partenaires, la formation. D’où cette initiative de l’Asavpa de lancer un projet sur le thème « Orientation professionnelle et formation aux métiers ». Objectif, faire venir davantage de personnes vers les métiers de l’agriculture et encourager les vocations agricoles, mieux adapter la formation à la demande et l’attente des employeurs, faciliter la valorisation des compétences et les faire reconnaître.
«Plus les salariés seront formés, plus ils progresseront», souligne Patricia Blanchard, présidente de l’Asavapa. Mais aussi persuadée qu’il n’y a pas seulement les salariés à avoir besoin de formation. «Les employeurs aussi». Opinion partagée par Henri Le Bihan, responsable du service formation à la Chambre d’agriculture qui constate cependant que les demandes de formation en ressources humaines sont de plus en plus importantes.
Reconnaissance et perspectives
Alors pourquoi, les salariés ne vont pas en formation ? Les responsabilités sont sans doute partagées. Patrick Sangan, salarié dans la même exploitation en production et transformation laitière, s’est formé «sur le tas». Il n’a jusqu’à présent pas éprouvé le besoin d’aller en formation. Mais reconnaît qu’une validation des acquis constituerait une reconnaissance de l’acquisition progressive de connaissances. Pour Nicole Le Hir, déléguée régionale de l’Apecita, bien que l’offre de formation est énorme, la motivation n’est pas toujours au rendez-vous. «Les employeurs craignent parfois que la formation, ce soit le début de la liberté pour les salariés. Ils ne veulent surtout pas être dépassés. Et n’envisagent pas une formation qui n’aurait pas un intérêt direct pour l’entreprise. D’ailleurs 80 % des personnes qui viennent en formation changent d’emplois».
Sylvie Le Clec’h-Ropers, directrice du Sdaec réagit fortement : « On n’envoie pas quelqu’un en formation. Sinon, il vaut autant lui offrir deux jours de vacances. C’est un intérêt commun et surtout un état d’esprit. Spontanément les salariés ne sont pas demandeurs. La formation doit faire partie intégrante du parcours professionnel ». Persuadée qu’il y a déjà assez de fuite vers d’autres secteurs et que la formation est un élément essentiel pour les retenir.
Emmanuel Gruand, président national de la fédération nationale des Asavpa, note que le secteur agricole n’est pas le seul secteur en pénurie de main-d’œuvre. « Par contre pour beaucoup de salariés, jusqu’à présent le salariat en production est considéré comme seulement une étape avant de devenir exploitant ». Nécessité donc d’ancrer cette notion de salarié de production comme une voie qui peut s’inscrire dans une carrière professionnelle. « A condition qu’il y ait aussi de la reconnaissance et des perspectives». La formation constitue l’un des éléments qui doit favoriser cette évolution. Une piste qu’entend approfondir l’Asavapa 22 et surtout séduire un ensemble de partenaires sociaux, les administrations, les collectivités.
Pierre Dénès