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Des éleveurs normands en visite:Le robot de traite fait rêver
 

Hebdomadaire N° 2487 - 27/12/2002

Éviter l’astreinte de la traite deux fois par jour, les éleveurs le souhaitent, le robot de traite le permet. Une visite des éleveurs Normands d’Ille-et-Vilaine chez un collègue du Calvados leur a montré que la technique fonctionne bien et qu’elle peut s’adapter à plusieurs situations. A condition bien sûr de bien réfléchir son projet.

Chaque matin entre 8 heures et 8 h 30, Jean-Pierre Guillouet grimpe à son bureau. Un lieu vaste où les papiers de l’élevage côtoient le téléphone-fax et l’ordinateur. Une vaste baie vitrée lui permet d’un seul coup d’œil de regarder toutes ses vaches, 75 Normandes dans une stabulation à logettes sur tapis. L’exploitation se situe dans le sud du Calvados, à Vassy (15 km à l’est de Vire).

Apparemment tout va bien. L’éleveur va le vérifier en consultant les données inscrites sur son écran. Y a-t-il eu des anomalies au niveau de la traite ? Toutes les vaches sont-elles passées par le robot de traite ? Ce 12 décembre, le temps entre deux traites de l’une d’entre elle est long. «Ce n’est pas la première fois, je la connais, se dit l’éleveur. Elle a mal aux pattes et se déplace mal. Elle sera à réformer prochainement». En revanche, les autres vaches, sont allés se faire traire à 2,79 reprises les dernières 24 heures.

Pour chaque vache, il a pu consulter les heures des dernières traites, la production, la température, la conductivité par quartier (indicateur de la présence de cellules)... En pratique, seuls les incidents l’intéressent, par exemple la détection des mammites ou encore les vaches en chaleurs. Questions d’un groupe d’éleveurs de Normandes venus d’Ille-et-Vilaine : «Avec un robot de traite, connaît-on toujours aussi bien ses vaches ?» Sans hésiter l’éleveur répond par l’affirmative. «Et peut-être mieux, car je dispose de plus de temps et de plus d’éléments d’information». Ainsi passer du temps à traire ne serait pas nécessairement synonyme de bonne connaissance de son troupeau !

Normandes et robot sont compatibles

L’idée d’investir dans un robot de traite revient à son frère Gérard. Une visite au Salon à Paris en 1993 l’avait convaincu. A cette époque, il est entré dans le Gaec familial en remplacement des parents. L’exploitation dispose alors d’un quota de 500 000 litres et de 180 hectares. Mais ses centres d’intérêts se portent vers les cultures. Et moins vers la traite...

Visites d’élevages équipés, évolution du matériel, le projet mûrit. Mais il reste un doute : un bon de commande pour une salle de traite classique est même signé. Puis annulé. L’élevage en 2001 doit liquider tout son cheptel en raison d’une vente d’une génisse quelques années plus tôt à un élevage voisin atteint par l’ESB.

Profiter de ce vide pour racheter des Prim’Holstein, ce sera mieux pour utiliser un robot leur a-t-on conseillé. Le Gaec a malgré tout racheté des Normandes (génisses et vaches en lait). «Elles se sont parfaitement adaptées à leur nouveau mode de traite», indique Jean-Pierre. Bien entendu, comme lors de toute mise en route, il a fallu pendant une quinzaine de jours être très présent pour les pousser vers la stalle. Deux vaches ont dû être éliminées (il leur manquait des trayons). Cette mise en route avait été précédée d’une quinzaine de jours pendant lesquels le robot servait seulement de distributeur automatique de concentré. C’était en octobre 2001.

Une année de recul

Dans cet élevage, il est difficile d’apprécier l’effet du robot sur la production laitière : le troupeau est très jeune et un problème de ventilation du bâtiment a perturbé l’ambiance à la même période. Les courbes de lactations sont restées très plates. Côté qualité, pas de difficulté particulière.

L’éleveur souligne cependant que dans les critères de sélection, il sera très attentif aux mamelles et aux aplombs. Il y a juste la présence de poils sur les mamelles qui gênent le positionnement du robot. Une tonte y remédie facilement.

Sur le plan de l’alimentation, les vaches disposent d’une douzaine d’hectares à proximité du bâtiment divisés en parcelle de jour et de nuit. Elles pâturent du début avril à la fin octobre. Du maïs est cependant distribué toute l’année ainsi que du foin. Les déplacements plus longs réduisent le nombre de traites par jour à 2,3 ou 2,4.

Le matériel installé est de marque Lely avec une seule stalle. A regarder son utilisation, l’effectif présent correspond au maximum, surtout si les vêlages sont groupés.

Avec un tel matériel, les éleveurs en visite s’inquiètent de l’utilisation de l’informatique pour gérer la traite (paramétrage des caractéristiques des mamelles...). «Je ne connais rien à l’informatique, et j’arrive à utiliser sans difficulté», confie l’éleveur. Il rassure aussi sur la fiabilité : «Les incidents ont été rares et pris en charge gratuitement la première année. Nous avons dû faire un choix pour la maintenance : l’option retenue couvre les pièces et main-d’œuvre quelle que soit les problèmes. Elle coûte 3 800 euros par an». D’autres options moins onéreuses sont possibles.

«Le robot fait rêver», commentaient les éleveurs normands. Il y a de quoi : la technique apparaît très au point dans les moindres détails. Les utilisateurs sont satisfaits notamment par le temps libéré : l’éleveur estime gagner 4 heures par jour sans avoir la contrainte de traire deux fois par jour à heures fixes. Il y a juste un point qui pose problème, une telle installation coûte 145 000 euros. Cela mérite réflexion.

 

Paul Chauvin



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Date de l'article : semaine du N° du 27 Décembre 2002 au 10 Janvier 2003
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