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Déjections animales et épandage
 
Fertilisation des céréales
Le lisier sur céréales, une méthode bien rodée et économique

Après cinq années d¹expérimentation, la fertilisation des céréales par du lisier donne des résultats satisfaisants, à condition de respecter quelques recommandations. Les nombreux essais et démonstrations ont montré, grandeur nature, l¹efficacité d¹une technique qui a des avantages économiques et environnementaux.

Il y a une dizaine d¹années, la quasi-totalité des lisiers était épandue au printemps sur maïs et à l¹automne, une période où les lessivages étaient importants et les besoins en azote quasi-nuls. On avait à la fois un lessivage d¹éléments fertilisants et un gaspillage car il fallait remettre de l¹engrais minéral au printemps.

"Dans les rotations classiques de type maïs-blé, l¹épandage de lisier sur céréales constitue une solution pour mieux valoriser les déjections animales et baisser en contrepartie les apports d¹engrais minéral tout en réduisant les pertes par lessivage : un intérêt à la fois agronomique, économique et écologique", explique Daniel Hanocq, conseiller agronomie à la Chambre d¹Agriculture 29.

AVANT LE STADE
ÉPI 1 cm


La démarche de calcul de la dose d¹azote reprend la méthode du bilan prévisionnel qui aboutit à la dose X, nécessaire pour compléter les fournitures du sol.

La dose totale est répartie en plusieurs apports. "Le premier est effectué en sortie hiver, au stade tallage. Il doit permettre d¹éviter une carence précoce qui réduirait le nombre de talles. Cette dose ne doit pas dépasser 40 à 50 unités d¹azote, car le blé absorbera 35 unités jusqu¹au stade épi à 1 cm".

Quelques éleveurs font ce premier apport sous forme de lisier. L¹opération est délicate car la dose à apporter est faible, le sol peu ressuyé. Le plus couramment, cet apport est réalisé sous forme d¹engrais minéral.

Le second apport au stade épi à 1 cm peut se faire sous forme de lisier, à condition de le réaliser 10 à 15 jours avant ce stade (en général 2ème quinzaine de mars). Il correspondra à la dose totale après déduction du premier apport. On peut aussi choisir d¹effectuer un troisième apport en pilotant l¹équilibre entre besoins et apports par les méthodes Jubil ou Ramsès. Dans ce cas, le second apport sera ajusté à un niveau inférieur de 40 unités aux besoins, ces 40 unités étant éventuellement apportées après les tests. La valeur du lisier sera calculée en prenant en compte une efficacité de 90 % de l¹azote ammoniacal déterminée par le Quantofix.

DU MATÉRIEL ADAPTÉ

Le matériel utilisé pour l¹épandage doit être suffisamment préçis et performant et répondre aux contraintes suivantes :

- une largeur de rampe suffisante pour utiliser les mêmes passages de roue que celles de la pulvérisation

- une homogénéité de la répartition sur toute la largeur d¹épandage

- une bonne portance sur le sol (utilisation de pneumatiques basse pression)

Si la tonne est équipée de buses, celles-ci doivent être quasiment au ras du sol. Sur une rampe de 12 mètres, on en compte en général 8, soit une distance moyenne de 1,50 mètre entre deux buses. Le système à pendillards permet une localisation plus préçise du lisier. Ces tonnes sont en général équipées d¹un broyeur, ce qui évite les problèmes de bouchage.

Les pneus basse pression de la tonne seront gonflés à moins de 1 bar (l¹idéal étant 0,8 bar notamment en conditions difficiles). Si les parcelles sont éloignées de l¹élevage, une citerne de transport de lisier peut approvisionner la tonne équipée spécifiquement pour l¹épandage sur le champ de céréales. Une tonne équipée en basse pression circule lentement sur route à moins d¹avoir un système automatique de gonflage des roues quand on passe du champ à la route et de dégonflage dans la situation inverse.

Globalement, l¹exploitant qui a choisi d¹épandre son lisier sur céréales ne passe pas plus de temps qu¹en situation normale : ce n¹est pas un obstacle pour utiliser la méthode. Il faut bien entendu passer plus de temps que pour un épandage d¹engrais (analyse du lisier, étalonnage du matériel pour épandre la bonne dose...) mais, de toute façon, le lisier serait à épandre. Attention à bien vérifier les quantités réellement épandues car, souvent, la tonne n¹est pas complètement vidée et au remplissage, il reste également une poche d¹air.

"Avec l¹épandage du lisier sur céréales, l¹écart de rendement serait inférieur de l¹ordre de 2 quintaux par ha par rapport à une fumure minérale. Il s¹explique par les pertes de rendement liées aux passages de roues (c¹est 3 % de la surface du champ), par l¹évaluation plus ou moins parfaite de la valeur du lisier et par l¹imprécision sur la dose réelle apportée à l¹hectare", déclare D. Hanocq.

On totalise sur la Bretagne, 110 à 120 rampes équipées pour l¹épandage de lisier sur céréales. Elles peuvent travailler sur environ 7 000 ha. Ce qui est peu par rapport à la surface céréalière bretonne. Quelques contraintes peuvent freiner le développement de la méthode : il faut Œfaire le pas" de passer dans les blés et pouvoir disposer d¹un matériel avec une rampe adaptée.

UNE SOLUTION ÉCONOMIQUE


Valorisé comme fertilisant azoté, le lisier permet une économie d¹engrais. Dans le réseau "Champs et lisier", en moyenne 90 kg d¹azote ont été apportés par le lisier, évitant ainsi l¹achat de 350 F d¹ammonitrate. Il faut y rajouter l¹économie d¹un passage d¹épandeur d¹engrais soit (main d¹oeuvre et matériel) l¹équivalent de 100 F/ha.

En face de cette économie, il faut compter la perte de 2 quintaux de céréales (150 F) et l¹amortissement de l¹équipement spécifique (rampes et pneus). Selon les choix et la surface traitée, cet amortissement va coûter de 150 à 250 F/ha. L¹ensemble des charges se chiffre de 300 à 450 F par ha. Au mieux, on peut gagner 150 F par ha, au pire, on ne perd pas.

"Les motifs d¹insatisfaction sont souvent liés au bouchage de la tuyauterie, à une mauvaise estimation de la valeur des lisiers (verse de la céréale avec excès d¹azote, moindre rendement avec dose épandue trop faible). Après une période de rodage, les utilisateurs sont en général satisfaits des résultats avec le lisier de porc".

Le lisier de bovin est plus épais, plus visqueux ; la part d¹azote ammoniacal qu¹il contient ne représente que 40 % de l¹azote total. Il est en général réservé aux épandages sur maïs au printemps et sur prairie à l¹automne.

L¹azote du lisier, apporté sur blé au moment où il en a besoin, n¹a pas été mis en excédent sur d¹autres cultures et n¹a pas été lessivé par les pluies hivernales. Dans cette optique, la méthode constitue un choix décisif pour l¹environnement.

 

Patrick Bégos


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Date de l'article : semaine du N° du 19 au 26 Décembre 1997
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