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EXCÉDENTS D’EFFLUENTS D’ÉLEVAGE:Un traitement collectif associant lisier et déchets verts
 
EXCÉDENTS D’EFFLUENTS D’ÉLEVAGE : Un traitement collectif associant lisier et déchets verts
 

Hebdomadaire N° 2453 - 26/04/2002

Une quarantaine d’éleveurs de l’Est de l’Ille et Vilaine ont choisi de se regrouper pour traiter leurs excédents de lisier de porcs. Ils pourraient les composter en les associant à des déchets verts. Pour avancer dans leur projet, ils viennent de créer le GIE Terre-Eau.

Une quarantaine d’agriculteurs de l’Est de l’Ille et Vilaine se sont regroupés en GIE pour traiter les excédents de lisier de leurs élevages de porcs. Depuis trois ans, deux associations Esca (Etude système collectif agricole) et Cap équilibre rural travaillaient sur le dossier. Elles ont décidé d’unir leurs forces au travers du GIE. Autre nouveauté dans la démarche : le traitement sera basé sur le compostage de lisier et de déchets verts.

MAINTENIR LES VOLUMES DE PRODUCTION

«La réussite du projet est impérative pour maintenir les volumes de production dans le secteur. Par rapport aux solutions individuelles de traitement choisies dans d’autres départements, l’aspect collectif de notre démarche représente un intérêt nouveau», explique Guy Esnault.

Le travail a démarré depuis 3 ans avec l’aide de la Chambre d’Agriculture et notamment de Bertrand Le Bris, technicien affecté au projet, afin de bien cerner les quantités excédentaires de lisier et les moyens de traitement à mettre en place.

Plusieurs solutions ont été envisagées. «Avec la Copedom (Coopérative de Domagné spécialisée dans la déshydratation de fourrages), nous avons travaillé sur la fétuque, une plante qui absorbe bien l’azote. Douze éleveurs ont choisi cette solution et mis en place des parcelles de fétuque fertilisées avec du lisier. Une solution valable pour les petits excédents de l’ordre de 100 m3», souligne Emmanuel Hesnot.

COMPOSTAGE DE LISIER
ET DÉCHETS VERTS

Autre solution : le compostage de lisier et de déchets verts. La ville de Vitré située dans cette zone a des déchets verts à traiter. «Nous avons travaillé avec le Sictom et nous nous sommes heurtés rapidement à la nécessité d’avoir une structure juridique».

En effet, pour pouvoir répondre à l’appel d’offres de déchets verts, les éleveurs avaient «besoin d’une reconnaissance au travers d’une structure juridique. L’engagement financier de chaque éleveur devenait indispensable pour continuer à avancer».

Les éleveurs ont choisi le GIE comme forme juridique. Ernest Guern du Cergiv en a détaillé les avantages. «L’investissement se fait à titre personnel». Pour constituer le capital, chaque agriculteur a fait un apport de 32 euros par m3 de lisier à traiter. «Au delà de la responsabilisation personnelle, le GIE a l’avantage d’être une forme juridique transparente, un éleveur peut amortir dans sa propre comptabilité, les investissements qui ont été faits au sein du GIE.»

Le capital du GIE devrait être de 1,2 million d’euros (7,3 millions de F) et l’engagement des 42 apporteurs actuels sera de 7 années. Le GIE a été nommé «Terre-Eau». «Nous sommes des gens de la terre et nous avons le souci de la qualité de l’eau. Nous voulons aussi montrer par ce nom qu’avec une bonne utilisation de la terre, on peut obtenir une bonne eau», résume Joseph Gérard.

2 STATIONS
DE COMPOSTAGE,
1 STATION BIOLOGIQUE

Bertrand Le Bris a détaillé le projet du GIE. Il comporte 2 stations de fabrication d’amendements organiques par compostage associant déchets verts et lisiers et une station de traitement de lisier de type biologique. «Nous avons souhaité avoir plusieurs stations de dimension plus petite, afin de pouvoir bien communiquer avec le grand public».

Les stations fabriqueraient du compost normalisé NFU 44051. Le débouché commercial de ce compost devra être trouvé par le prestataire de service. Quant à la station biologique, elle devrait traiter de 70 à 80 0000 unités d’azote, selon un procédé validé par l’Agence de l’Eau. Les co-produits solides seront également repris par le concepteur.

Le coût des 2 stations de 70 000 m3 et de la station de traitement de 20 à 25 000 m3 sera de 1,8 millions d’euros. Le coût de fonctionnement s’élèvera à 2,15 euros par m3. Le coût global (amortissement et fonctionnement) se situera à 7,15 euros par m3 de lisier (47 F/m3) si on prend en compte un amortissement de 10 ans et 9,15 euros (60 F/m3) pour un amortissement de 7 ans. Ce coût comprend le transport de lisier vers la station. Les chiffres sont indicatifs car les demandes d’aides sont en cours.

Le projet de compostage ne pourra démarrer avant septembre 2002. Il faut en effet obtenir le marché des déchets verts de Vitré. Comme il s’agit de marchés publics, il faut respecter toute une procédure. «Le GIE va répondre à l’appel d’offres au même titre que les autres intervenants spécialisés dans ce domaine. Nous avons des atouts pour obtenir un accord mais ce n’est pas acquis d’avance», confie Joseph Gérard. Le prix n’est pas le seul critère d’attribution de ces marchés, c’est souvent le mieux-disant qui est pris en compte. «Si nous n’avons pas d’accord pour les déchets verts, nous nous rabattrons sur le traitement biologique».

«Notre projet ne se limite pas à une seule solution. Nous restons en effet ouverts à toute proposition. Notre objectif est de garantir l’indépendance de notre métier d’éleveur. Nous sommes à la fois un maillon fort en faisant preuve de responsabilité par notre engagement financier mais nous pourrons également devenir un maillon faible s’il n’y avait de solidarité entre nous, à l’avenir».

TOUT LE MONDE EST CONCERNÉ

Le travail de longue haleine du groupe d’agriculteurs a été salué par Michel David, président de la Chambre d’Agriculture d’Ille-et-Vilaine. «Dans votre projet, il n’est pas question de se débarrasser des excédents structurels mais d’avoir un projet commun sur un territoire afin de conserver la production porcine sur le secteur et de résoudre en même temps le problème des déchets verts.»

Les élus politiques, les professionnels et les éleveurs ont bien compris l’intérêt d’une bonne communication de proximité afin de réunir le maximum de chances de réussite. «Tout le monde est concerné, la gestion des déchets, c’est l’affaire de tous».

Patrick Bégos



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Date de l'article : semaine du N° du 26 Avril au 3 Mai 2002
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