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Cellules et mammites
 

MAMMITES
Identifier la cause et réagir vite

Dans un certain nombre d’élevages, l’incidence des mammites représente un coût financier, une perte de temps, voire des investissements pour lutter contre la maladie. Pour prendre les mesures efficaces de prévention, il faut d’abord comprendre ce qui se passe.

La mammite est une infection de la mamelle par des bactéries qui pénètrent par le canal du trayon. En retour, cette infection déclenche une inflammation avec un afflux de leucocytes. On observe alors deux conséquences. La mamelle est abîmée, les cellules productrices de lait sont détruites et remplacées par un tissu cicatriciel qui laisse filtrer des éléments du sang (la composition du lait du quartier infecté est modifiée). Les leucocytes du sang affluent vers les cellules productrices de lait. C’est un élément essentiel de défense de la mamelle.

«Un quartier sain ne contient pas de microbes mais 50 000 à 70 000 leucocytes qui jouent le rôle de sentinelles et veillent. Les quartiers ayant 100 000 à 300 000 cellules peuvent être infectés par des bactéries inoffensives. Au delà de ce seuil, il faut être vigilant», explique Marylise Le Guenic, vétérinaire EDE 56.

On peut classer les mammites en deux catégories : elles peuvent être liées soit au réservoir mammaire soit à l’environnement. Les germes en cause ne sont pas les mêmes. Les bactéries à réservoir mammaire vivent sur la peau des trayons et dans la mamelle infectée (les staphylocoques dorés et les streptocoques). Ces mammites sont souvent invisibles à l’oeil nu. On les repère en examinant les comptages de leucocytes dans le lait. Dans un troupeau infecté par les staphylocoques dorés, le taux de mammites visibles peut rester bas. La transmission se fait surtout à la traite. Les bactéries des mammites d’environnement vivent dans la litière ou dans l’environnement plus large des vaches. Ce sont des colibacilles et un streptocoque appelé Uberis qui infectent les mamelles essentiellement durant le couchage mais la pénétration des microbes dans le trayon peut se faire aussi durant la traite. Ces bactéries provoquent surtout des mammites visibles.

Des signaux d’alerte

La vigilance au jour le jour, notamment durant la traite, donne déjà une première indication. Il existe des signaux d’alerte permettant de détecter précocément les mammites. Il faut d’abord vérifier l’état des quartiers. Est-il enflé ou non ? «L’observation des premiers jets dans un bol à fond noir, lors de la traite est une bonne précaution. La présence de grumeaux dans les jets, confirmée en fin de traite, doit faire réagir le trayeur. En cas de doute, on peut également contrôler la température pour évaluer la gravité de la mammite et mieux cibler le traitement», poursuit M. Le Guenic.

La mesure de la conductivité du lait constitue une autre méthode de détection des mammites. Le principe repose sur une modification de la conductivité électrique quand la composition du lait varie. Il semble que l’appareil réagisse trop fréquemment, ce qui limite un peu l’intérêt de la méthode.

Le taux de leucocytes dans le lait de mélange

Le taux cellulaire du lait de mélange dans le tank permet de connaître avec une assez bonne précision le taux global d’infection des mamelles du troupeau. Si le lait de mélange contient en moyenne plus de 400 000 leucocytes, on peut dire avec certitude que les mamelles sont infectées par des mammites à réservoir mammaire. A l’opposé, si un lait de mélange présente régulièrement des comptages à moins de 200 000 leucocytes, le troupeau n’est pas infecté par des bactéries à réservoir mammaire. Entre les deux seuils, il faut une analyse plus fine avant de conclure sur la source du problème. «La distribution du lait aux veaux est certes un moyen d’éviter les pénalités mais cette pratique ne doit pas servir à masquer le problème».

Le taux de vaches saines

Les comptages cellulaires individuels permettent de préciser l’infection de chaque mamelle. Une vache qui n’a aucun taux cellulaire supérieur à 300 000 sur plusieurs mois est considérée comme saine. Elle est douteuse si elle a au moins un comptage supérieur à 300 000 et infectée si elle a au moins deux comptages supérieurs à 800 0000.

Il est important d’analyser le pourcentage de vaches à taux cellulaires inférieurs à 300 000, mois par mois sur une période longue. L’objectif est d’avoir plus de 85 % du troupeau avec un TCV (taux cellulaire par vache) inférieur à 300 000. Dans ce cas, les mamelles ne sont pas infectées par des germes de réservoir mammaire. Si le taux est compris entre 70 et 85 %, cela signifie qu’une proportion non négligeable de mamelles est infectée avec deux origines possibles : soit une infection dominée par des germes de réservoir mammaire de type staphylocoque doré, soit une infection mixte avec à la fois des germes de réservoir mammaire et des germes d’environnement. Si moins de 70 % des vaches ont un TCV inférieur à 300 000, le troupeau est infecté par des mammites à réservoir mammaire (staphylocoques dorés) qui peuvent durer plusieurs mois.

Il faut également être vigilant au taux de mammites cliniques et au taux cellulaire des lactations des génisses et à celui du premier mois de lactation pour l’ensemble du troupeau afin de vérifier si les vaches ne s’infectent pas durant le tarissement.

Connaître le principal réservoir

Si l’on observe surtout des cas cliniques aigus, sur des vaches saines, qui n’ont pas tendance à rechuter et ne restent pas souvent infectées après la guérison apparente, on peut suspecter des mammites d’environnement avec streptocoques et colibacilles. A l’opposé, si on observe surtout des cas cliniques discrets, souvent sur des vaches infectées ou douteuses qui ont tendance à récidiver, dans un troupeau où le taux cellulaire est élevé, les cas cliniques peuvent être dûs aux bactéries à réservoir d’infection mammaire. En combinant les observations sur les comptages leucocytaires et sur les cas cliniques, on peut connaître le principal réservoir de bactéries à l’origine des mammites du troupeau et orienter la prévention.

Ne pas se décourager

«L’apparition des mammites dans un élevage provoque souvent un certain découragement chez les éleveurs concernés, surtout chez ceux qui ont l’impression de faire déjà beaucoup d’efforts en matière d’hygiène de traite, de propreté des litières... alors que des voisins qui ont les mêmes pratiques n’ont pas de problèmes», explique Marylise Le Guenic.

«En fait, les éleveurs sans problèmes n’ont pas de réservoir de microbes ni dans les mamelles de leur troupeau ni sans doute dans leur bâtiment. Il est clair que certains élevages ont un microbisme plus important que d’autres et donc une obligation de lutte intensive, le temps de maîtriser le microbisme».

L’objectif n’est pas de regarder et de comparer les pratiques dans d’autres ateliers laitiers mais d’essayer de comprendre ce qui se passe dans son propre élevage. «Avec les mammites, on passe souvent par une phase désagréable : ça coûte cher, ça désorganise le travail... La seule façon d’y faire face c’est de ne pas relâcher les efforts et de réagir vite en cas de problèmes».

Les bactéries en cause

Le staphylocoque doré est une bactérie présente sur la peau des trayons. Elle pénètre par les gerçures ou lors de la traite. Les quartiers infectés sont souvent sans symptômes apparents. C’est la bactérie la plus difficile à traiter car elle s’enkyste profondément dans la mamelle. Elle peut entraîner des vaches incurables. Avec cette bactérie, il ne faut jamais se fier à une disparition des symptômes pour conclure à une guérison. Beaucoup d’infections deviennent invisibles et augmentent les risques de rechute.

Les colibacilles provoquent des symptômes très variables depuis la mammite peu alarmante (lait à caillots, pis normal) jusqu’à la mammite aiguë grave (fièvre, quartier enflé, lait comme du cidre). Ces symptômes sont provoqués notamment par la toxine générée par les colibacilles.

Les streptocoques sont très présents dans les mammites en Bretagne, notamment Streptococcus Uberis. Les litières paillées constituent un réservoir de cette bactérie. C’est la voie majeure d’infection. Pour les colibacilles et les streptocoques, le risque apparaît plus élevé pendant la période de tarissement, spécialement les 2 semaines précédant le vêlage.


Patrick Bégos



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Date de l'article : semaine du N° du 13 au 20 Décembre 2002
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