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BIEN-ÊTRE DES PONDEUSES :L’application de la directive inquiète les éleveurs
 
BIEN-ÊTRE DES PONDEUSES : L’application de la directive inquiète les éleveurs
 

Hebdomadaire N° 2430 - 09/11/2001

La mise en place de la directive européenne sur le bien-être cumulée à la réglementation sans cesse évolutive des contraintes environnementales risque de conduire les éleveurs à limiter leur production d’oeufs. Une situation que les éleveurs dénoncent car leurs charges progressent.

Les producteurs d’oeufs de Bretagne s’inquiètent de la mise en place de la directive européenne sur le bien-être des poules pondeuses dont le délai se rapproche de plus en plus. Dans l’état actuel de la réglementation, la directive du juillet 1999 implique l’adaptation du parc de bâtiments aux nouvelles normes de production à l’horizon 2012 quel que soit le type d’élevage. (voir encadré)

«La quasi-totalité des éleveurs bretons seront concernés par cette mesure et devront adapter leur élevage et leurs équipements aux nouvelles normes avec des coûts plus élevés», souligne Marcel Kerdal, président du Comité régional de l’oeuf (CRO).

UNE PERTE NETTE
IMPORTANTE

Quelle serait l’incidence sur le revenu du producteur ? Pour un élevage familial spécialisé de 60 000 poules, l’application de la directive ferait baisser le nombre de poules à 48 000 dans le même bâtiment, par augmentation de la surface consacrée à chaque poule. Avec une marge brute de 18 à 20 F par poule, la perte de marge atteint 210 à 240 000 F dans un tel atelier. Les charges de structure baisseront peu car les cages et équipements sont à amortir. La perte de marge brute correspondrait donc quasiment à la perte de revenu.

Dans les mois qui viennent, les producteurs vont être confrontés à trois choix possibles : arrêter la production, investir dans des cages aménageables ou réorienter leur élevage vers des systèmes alternatifs de poules au sol ou en volière. Actuellement, aucune indemnité ni aide ne sont prévues pour que les éleveurs puissent faire face à ces nouvelles contraintes imposées par la réglementation.

La production alternative d’oeufs ne peut pas être réalisée par davantage d’éleveurs. En effet, il y aurait déjà plus de 300 000 poules pondeuses alternatives en trop en Bretagne. Les consommateurs s’intéressent aux oeufs produits par des poules au sol ou en volière mais ne concrétisent pas leur souhait quand il s’agit de passer à l’acte d’achat.
PLUS DE DÉCLASSÉS EN CAGES AMÉNAGÉES

Les éleveurs mettent en avant les premiers résultats de la recherche, notamment ceux de l’Affsa qui indiquent qu’il y a peu de points positifs dans la volière. Selon l’Inra, le nombre d’oeufs déclassés est plus important dans les cages aménagées que dans les cages traditionnelles.

Dans ce contexte, les éleveurs demandent le report au 1er janvier 2005 de la mise en application de la surface minimale d’élevage de 550 cm2 par poule, la prise en compte intégrale de l’impact de cette réglementation sur le potentiel de production breton avec un accompagnement financier par une aide à l’investissement ou une compensation de revenu. «Pour nous éleveurs, il est inacceptable d’évoquer la perspective de 750 cm2 par poule», affirme Marcel Kerdal.

Avec les discussions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’élargissement de l’Union européenne, les membres du CRO craignent à terme que la filière oeuf ne fasse les frais des négociations. «L’agriculture et le secteur agro-alimentaire doivent répondre aux attentes de la société mais la démarche de sécurité sanitaire, de qualité des produits, d’environnement et de développement rural ne doivent pas être un handicap à l’accès au marché pour les productions bretonnes».

COMMUNICATION
ET LOBBYING

La directive européenne sur le bien-être des pondeuses doit être retranscrite en droit français avant le 1er janvier 2002. Pour le moment, cela n’est pas fait. «Le délai est court, il faut réagir rapidement, d’autant plus que les textes peuvent encore se durcir quand on voit la demande de certains pays comme l’Autriche qui demanderaient l’interdiction des cages à partir de 2006 et non de 2012,» souligne Martine Balloy, avocate à Nantes.

Elle détaille quelques pistes sur les actions envisageables. «Il faut communiquer et expliquer aux consommateurs comment sont produits les oeufs des poules en cages. Pourquoi ne pas réaliser une brochure avec d’un côté ce qu’on fait croire au consommateur et de l’autre la réalité des élevages?»

Martine Balloy insiste également sur la nécessité du lobbying à Bruxelles et à Strasbourg. «Tous les pays le font, notamment ceux du Nord. Les producteurs doivent être présents dans ces instances et les diverses négociations pour rétablir la vérité».

Au niveau de l’OMC, la protection animale ne se négocie pas. Martine Balloy lance l’idée de faire du bien-être, non pas une obligation au travers d’une directive applicable à tous les éleveurs mais un signe de qualité qui pourrait être pris en compte pour une partie de la production.

LES ACTIONS JUDICIAIRES

Autre piste possible : les actions judiciaires. «On peut mettre en avant la notion de discrimination sur les conditions de production qui existent au sein de l’Union européenne par rapport aux pays tiers». Dans la directive de 1999, il était prévu un rapport pour analyser les éventuelles conséquences défavorables de la directive. «Ce rapport n’existe pas. Il y a là un motif pour se battre. C’est tard mais ce n’est pas impossible».

«Nous ferons une priorité du dossier bien-être et le Conseil d’administration a décidé de se mobiliser car la tâche est immense», poursuit Marcel Kerdal. «Le bien-être des poules ne doit pas causer le mal-être des éleveurs ni celui de leurs élevages».



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Date de l'article : semaine du N° du 9 au 16 Novembre 2001
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