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PROTECTION DES SOLS:Des expériences de simplification des techniques culturales
 
PROTECTION DES SOLS : Des expériences de simplification des techniques culturales
 

Hebdomadaire N° 2396 - 09/03/2001

La simplification du travail du sol ne s’arrête pas à la suppression du labour ou à la réduction du nombre de passages. C’est avant tout un choix technique et stratégique qui aura des répercussions sur le système d’exploitation. Incidence économique, temps de travail, meilleure portance.. Cinq agriculteurs témoignent .

L’hiver très pluvieux que nous venons de connaître a mis en évidence l’influence de facteurs comme l’arasement de talus, le drainage, l’agrandissement des parcelles dans l’accélération de l’évacuation des volumes d’eau vers les rivières. L’évolution des sols et leur sensibilité à la compaction, à la battance, à l’érosion, leur perte d’infiltrabilité sont également mis en avant. Des travaux de recherche sont en cours sur ces thèmes et des organismes comme l’APAD (association pour la promotion d’une agriculture durable) réfléchissent à la mise au point de techniques agronomiques qui préservent les sols et améliorent leur conservation.

La simplification du travail du sol est l’une des voies dans laquelle se sont engagées quelques exploitants. Sa mise en oeuvre ne se résume pas à la suppression du labour et de tout ou partie du travail mécanique du sol. «Dans la réalité, l’approche est plus complexe et l’agriculteur doit à la fois préserver un environnement favorable et encourager les processus naturels qui prendront le relais des interventions mécaniques», souligne René Deluvée, président de l’APAD.

AVANTAGES
AGRONOMIQUE,
ENVIRONNEMENTAL ET ÉCONOMIQUE

Si elles sont correctement mises en oeuvre en fonction des types de sols, des rotations et des assolements, les techniques culturales simplifiées (TCS) offrent quelques avantages. Sur le plan agronomique, elles permettent de localiser la matière organique en surface, de développer la vie biologique du sol, d’avoir une meilleure pénétration et disponibilité de l’eau dans le sol. Elle favorise la réduction de la compaction.

«Au niveau de la protection de l’environnement, il y a une réduction de l’érosion, une rétention et un recyclage des fertilisants, une diminution du transfert et de la dégradation des phytosa-
nitaires», poursuit R. Delouvée. Enfin sur le plan économique, c’est un gain de temps, de productivité, une économie d’énergie.

Cinq EXPÉRIENCES

Les témoignages de cinq agriculteurs utilisant les techniques simplifiées (TCS) illustrent ces différents atouts. Pascal Le Dilavrec exploite 43 ha à Bulat Pestivien (22) avec une orientation laitière. Après des essais en 1998, il a décidé d’utiliser les TCS en 2000 sur céréales et maïs. La charrue n’a pas été utilisée depuis 2 ans. Un chisel à l’avant du tracteur (8 à 10 cm de profondeur), un outil à dent (5 à 6 cm) suivi d’un semoir à bottes : c’est un ensemble d’outils très simples qu’utilise P. Le Dilavrec. «Même si l’effet visuel des cultures au printemps est différent de celui que l’on peut avoir avec un semis sur labour, ce qui importe, c’est le rendement final qui dans mon cas est équivalent aux années précédentes avec une sérieuse diminution des coûts».

Thierry Delaunay est associé de Gaec à la Bouexière (35) sur 113 ha (36 ha de maïs, 32 de blé, 8 de colza) avec un troupeau de 70 vaches et 100 truies naisseur. «Nous devions faire face à une augmentation de surface et nous souhaitions tout faire en un seul passage», résume Thierry. Après un essai de semis direct en faisant appel à une ETA, les associés du Gaec investissent dans un semoir Horsch d’occasion.

«Avant l’hiver, les sols nus sont ensemencés en moutarde, détruite au glyphosate au printemps. Puis j’effectue un passage de Horsch pour obtenir un mulch (couverture végétale). Le sol travaille de lui-même. Céréales et maïs sont semés avec le même semoir». Thierry Delaunay a constaté une augmentation de ses rendements depuis qu’il utilise cette technique.

GAGNER DU TEMPS

Pour Alain Mauvieux, de Trévé (22), le choix était clair. «Seul sur l’exploitation, avec 220 veaux de boucherie et 35 ha de cultures, je ne voulais pas passer dix heures par jour sur le tracteur à certaines périodes de l’année, puis soigner les veaux le soir. De plus, je ne voulais pas investir dans du matériel de cultures». Il s’est tourné vers les techniques simplifiées. Méfiant de nature, il a avancé très progressivement en faisant appel à l’entrepreneur de travaux agricoles pour le semis du blé (Horsch).

Alain Mauvieux résume les avantages «Je peux épandre mon lisier de veaux sur céréales et j’estime l’économie de fertilisants azotés à 350 F/ha, mon coût de mécanisation a baissé et se situe à 1 500 F/ha (le passage du Horsch coûte 500 F/ha). Je n’ai plus de surcharge de travail. Enfin, les risques de battance et d’érosion ont sérieusement diminué d’où un impact majeur sur l’environnement».

A. Mauvieux estime que le semis «en réparti» limite les risques de verse et les pertes de produits phyto au sol. Son rendement moyen a progressé et se situe autour de 85 q/ha pour le blé avec une tonne de paille/ha en plus par rapport aux années précédentes.

Patrick Lefranc est en Gaec au Grand-Fougeray avec 4 associés sur 160 ha. «On voulait développer les couverts sur les sols et investir en commun dans du matériel performant pour travailler sous couvert», résume Patrick. Le Gaec a investi dans le semis direct par achat de matériel d’occasion. Les résultats techniques sont bons et les économies d’énergie importantes. Les associés regrettent cependant que les TCS ne soient pas reconnues comme mesure environnementale dans les CTE bretons.
AVOIR UN ITINÉRAIRE COHÉRENT

Michel Maquère est responsable de l’exploitation de l’Inra de Rennes. Au total 300 ha dont une partie en expérimentation. L’une des parcelles est conduite en non-labour depuis 1987 avec une rotation maïs-blé. Et depuis deux campagnes, la technique du semis direct est utilisée à plus grande échelle, notamment pour des blés tolérants aux maladies.

Souplesse d’intervention, très bonne portance des sols, réduction du ruissellement et de l’érosion, économie d’intrants... avec des rendements identiques. «Cette démarche doit rentrer dans un itinéraire cohérent et des rotations bien étudiées», insiste Michel Maquère.

La démarche engagée par ces agriculteurs illustre ce qu’il est possible de faire avec les TCS. Mais, chacun doit se replacer dans sa situation avec ses propres contraintes. La technique ne doit pas être utilisée n’importe comment. Il faut à chaque fois observer la structure de son sol en profondeur après la récolte et réagir en conséquence. Les TCS sont l’une des composantes du panel de solutions à la disposition de l’agriculteur pour tirer parti au mieux de ses sols tout en conservant leur état.

TCS

Pour caractériser ces démarches, on utilise souvent le nom de TCS (techniques culturales simplifiées). Si le principe général repose sur le non-enfouissement total des résidus de culture en évitant le recours systématique au retournement, il y a plusieurs choix possibles. Le travail superficiel sur toute la surface consiste à maintenir un travail mécanique en dessous de la zone de semis sur une profondeur limitée. Le semis sous mulch maintient un travail mécanique au-dessus de la zone de semis pour conserver une couverture végétale morte. Dans le semis direct, on a simplement le travail mécanique sur la ligne de semis. On peut également avoir des cultures sous couverture.

 

Patrick Bégos



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Date de l'article : semaine du N° du 9 au 16 Mars 2001
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