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PRODUCTION PORCINE:Communiquer, oui mais ensemble et avec méthode
 
PRODUCTION PORCINE : Communiquer, oui mais ensemble et avec méthode
 

Hebdomadaire N° 2390 - 26/01/2001

Il aura fallu trente ans aux producteurs de porc. «Trente ans pour devenir encore plus performants, mais aussi trente ans pour se construire la plus mauvaise image». Communiquer - mais pas n’importe comment - est donc devenu impératif. Dans ce but, le Centre de Documentation des Métiers du Porc (CDMP) se veut un outil de dialogue et d’échange avec les concitoyens. Dans certains élevages, la communication est d’actualité depuis des années. Témoignage sur une expérience réussie.

Les producteurs de porc l’ont désormais compris : la communication sur leur métier devient impérative pour tenter d’enrayer l’image particulièrement négative qui étrangle la profession. C’est dans ce but que l’association CDMP (Centre de Documentation des Métiers du Porc) a été créée. Elle existe depuis juin 99.

«Nous ne pouvons développer une communication d’image crédible et efficace qu’ensemble. Le CDMP regroupe trois familles professionnelles : la section porcine de la FNCBV (Fédération nationale de la coopération bétail et viande), le syndicat FNP (Fédération nationale porcine) et les Associations régionales porcines», explique Luc Viel du CDMP.

Il ajoute que la production porcine souffre d’un «historique à hauts risques». «Les éleveurs sont passés d’une vie harmonieuse d’éleveur à une ségrégation sociale en 30 ans. Après une situation de crise où il était encore possible d’imposer un projet conforme à la réglementation, le temps de la rupture est arrivé : on ne discute plus, on pense à notre place, on agit à notre place, on décide à notre place», ajoute Alain Gaimon, producteur et membre du bureau du CDMP.

LES RECETTES
CLASSIQUES DE LA
COMMUNICATION
INOPÉRANTES

Face à ce «lâchage politique» et ce «lynchage médiatique», les recettes classiques de la communication sont devenues inopérantes. Dialoguer avec les concitoyens s’avère pourtant essentiel car l’information concernant la profession correspond souvent à des clichés archaïques et peu valorisants. Par ailleurs, ce sont les opposants à la profession et les minorités «prônant une vision romantique de l’élevage» qui véhiculent cette information.

Le CDMP pense que pour bien communiquer il faut d’abord connaître les arguments et les raisonnements des opposants. «Nous devons aussi parier sur l’intelligence du public, du citoyen. Il faudra également s’ouvrir au monde associatif et de l’éducation et fournir de l’information claire et vraie aux journalistes».

Pour que cette communication réussisse, les professionnels devront s’en donner les moyens. Ils devront «penser globalement, agir localement, parler de leur métier, ouvrir leurs élevages, redécouvrir la solidarité et la responsabilité de chacun». Les éleveurs pourront aussi s’armer de patience car la reconquête d’une image dégradée prend forcément du temps.
UNE COMMUNICATION REUSSIE A L’ECHELLE
LOCALE

La communication n’est cependant pas une nouveauté pour certains élevages avant-gardistes qui parlent de leur métier depuis déjà longtemps. C’est le cas de Jean-Paul et Françoise Grégoire, producteurs en périphérie rennaise (EARL du Manoir). Au début, en 1989, un besoin de se défendre les a conduit à mieux communiquer. Par le biais de tracts, des gens de leur commune s’opposaient à leur projet de reconversion d’un bâtiment taurillon en bâtiment porc.

Les producteurs ont répondu en rencontrant le maire et en ouvrant leurs portes aux écoles, au conseil municipal et à des groupes. «En 1995, nous avons communiqué sur l’épandage de lisier par pendillards avec la Cuma. Un an après, nous avons participé à l’opération «Entrer c’est ouvert» de Force 5 (Chambres d’agriculture, de commerce et d’industrie et des métiers). Enfin, en 1999, nous avons coopéré au sein du réseau Farre 35 défendant l’agriculture raisonnée».

Les producteurs continuent à agir localement en participant à la vie communale et associative, en continuant les visites de leur atelier ou encore en discutant avec les personnes qui passent sur le chemin pédestre proche de l’atelier.

Les visites sont précédées par des discussions et des explications avec l’aide de panneaux relatant l’histoire des cochons. «L’aspect «déguisement» avant de pénétrer dans les locaux détend l’atmosphère. Lors de la visite, nous fournissons des explications détaillées pour des sujets tels que les bâtiments (par exemple, la truie est bloquée en maternité pour ne pas écraser les porcelets), l’alimentation du porc, l’environnement, l’épandage».
«Les gens se montrent satisfaits de leur visite et sont surpris par la propreté, le confort des porcelets, la technicité de l’atelier, l’ensemble des connaissances à maîtriser pour bien mener son élevage».

UN PROBLEME
PRINCIPAL : LES ODEURS

Un problème principal et réel demeure : les odeurs. «En expliquant et en faisant un rapprochement avec l’humain cela passe mieux. Nous leur précisons aussi que des règles d’épandage sont respectées et que nous utilisons des pendillards».

D’un autre côté, J.-P. et F. Grégoire font des efforts pour insérer au mieux leurs bâtiments dans le paysage. Grâce à toutes ces démarches, les producteurs sont parvenus à construire une image positive autour de leur élevage, ils se sentent reconnus dans leur vie locale. D’où l’importance d’une implication individuelle dans une démarche collective.

Agnès Cussonneau



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Date de l'article : semaine du N° du 26 Janvier au 2 Février 2001
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