
Régis Hochard, rapporteur du Conseil économique, social et environnemental (CESE) du rapport sur l’avenir de la Pac, intervenait mercredi soir à Saint-Brieuc, lors d’une conférence- débat organisée conjointement par la Confédération Paysanne et Attac. Sa vison est pour le moins critique et il ne voit pas dans les orientations de la Pac post-2013 les prémices d’un réel changement. Au contraire, sous couvert de bonnes intentions, les propositions et le manque de courage politique risquent d’exposer encore plus les marchés agricoles aux effets pervers du libéralisme. « La volatilité des prix fragilise l’alimentation des plus démunis. Elle interdit aux paysans de se projeter en avant ». Il est en outre persuadé que les systèmes de productions agricoles actuels ne sont pas durables.
Il rappelle un à un les principes fondateurs de la Pac repris par le traité de Lisbonne, pour constater qu’ils ne sont pour la plupart pas aboutis. C’est le cas notamment des objectifs non atteints de revenus, de stabilité des marchés. Le seul challenge vraiment relevé est celui de l’augmentation de la productivité agricole, et dans une moindre mesure le prix au consommateur européen. « Le challenge aujourd’hui est d’assurer l’alimentation de 9 milliards d’êtres humains, de faire face à la diminution des ressources fossiles, de diminuer l’impact des produits phytosanitaires, de préserver les ressources naturelles ».
La société décidera
Le rapport, adopté à une très large majorité des membres de CESE, cadre en fait avec les propositions pas très éloignées défendues par la Confédération Paysanne. « Le syndicalisme agricole majoritaire s’étant abstenu ou ayant voté contre », précise Régis Hochart.
Parmi les priorités retenues par le Conseil économique : la lutte contre la volatilité des prix agricoles et alimentaires par une reconstitution de stocks stratégiques tampons ; le renforcement de l’organisation économique des producteurs avec deux outils essentiels, le regroupement des producteurs et la gestion des volumes ; une orientation environnementale plus affirmée par une consolidation du deuxième pilier ; la mise en place d’un plan protéines ; une politique régionalisée de diversification ; une réorientation des soutiens au travers d’une aide forfaitaire découplée.
Evidemment, les conclusions de ce rapport confortent les militants de la Confédération Paysanne et des associations qui plaident pour une autre agriculture. « Nos idées sont devenues majoritaires », affirme l’un d’entre eux. Pour Jean-Marc Thomas, porte-parole de la Confédération Paysanne 22, « il n’est pas concevable de poursuivre sur le modèle destructeur actuel ». Avec une conclusion désormais évidente pour les militants « l’agriculture ne décidera pas seule de son évolution, la société veille au grain » .
Pierre Dénès
Légende photo : Jean-Marc Thomas, CP22, et Régis Hochard, rapporteur du CESE.