Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Les sociétés agricoles : risques et opportunités / L'amertume est dans le pré
 

Les avantages de l’association sont connus : limitation des charges de structure et gain de temps libre. S'ajoute désormais la facilité d'installation des jeunes. Le rachat de parts dans une société existante, en vitesse de croisière, rassure les financeurs, de plus en plus frileux. De fait, les 2/3 des installations ont lieu en société. L'inconvénient majeur est souvent occulté : le conflit entre associés. Pourtant, la réussite du modèle dominant en agriculture, notamment en production laitière, repose sur des relations humaines saines. Les futurs associés sont mobilisés par les aspects techniques, juridiques et économiques. Rarement par le relationnel. Ce modèle, où plusieurs décideurs se partagent le travail et les responsabilités, est voué à l’échec pour certains, épanouissant pour d’autres. La vérité, pour Yves Le Guay, consultant en relations humaines à Gaec et Sociétés : « plus on s’occupe de relations humaines dans les sociétés agricoles, plus on trouve les conflits ». Et ils sont dévastateurs. Pour l’équilibre économique de l’entreprise, pour les personnes, pour l’entourage. Les dissolutions de sociétés sont souvent rapides et sans concession.


Fréquences du conflit


Selon les données des DDTM, une cinquantaine de sociétés sont dissoutes par an et par département breton, en moyenne. « La moitié des dissolutions est liée à des problèmes relationnels », assure Joseph Kervadec, de la DDTM 56, intervenant à la récente assemblée générale du relais médiation du Morbihan. De plus, beaucoup de sociétés perdurent malgré les mésententes ou le départ de l'un des associés. L'Université de Bretagne Sud a réalisé une étude pour détecter les raisons amenant à une séparation dans les deux premières années. De nombreux agriculteurs ont été interrogés, toujours associés ou ayant connu une séparation rapide. Selon cette étude, le lien entre associés (famille ou tiers), leur nombre, la situation familiale (célibataires ou en couple) ou la taille de l'exploitation ne jouent aucun rôle dans le bon fonctionnement de la société. En revanche, certaines variables jouent sur l'engagement ou le désengagement des associés.


Vœux pieux


« La qualité des réunions et leur fréquence sont des paramètres significatifs dans la réussite d’une société », affirme Jacques Fischer, professeur à l’UBS. Dans les sociétés dissoutes, les associés se réunissaient bien moins souvent que dans celles qui perdurent. Trop souvent, les bonnes intentions du départ disparaissent rapidement. La charge de travail, la difficulté de certains associés de livrer, le manque d'envie d'échanger sont autant de raisons de supprimer ces rendez-vous. Le suivi de formations en relations humaines semble également un facteur de réussite, par l’ouverture d’esprit qu’elles procurent. Là encore, trop peu d'associés en voient l'intérêt. Les jeunes pas plus que leurs aînés. La journée de formation, obligatoire dans le parcours à l'installation, pour l'obtention des aides, permet de les sensibiliser mais semble insuffisante par rapport aux enjeux. « Les installations sont souvent précipitées. L'opportunité de reprendre une exploitation qui se libère déclenche une course contre la montre », commente une responsable de centre de gestion. Une période de travail en commun avant l’association est souhaitable. Les jeunes devraient, dans l'idéal, travailler au préalable comme salariés sur l'exploitation de leurs futurs associés. C'est rarement le cas.


Horaires et revenu


La diversité des productions, où chacun a son propre domaine à gérer, est un paramètre favorable à la pérennité de la société. Pourtant, les pièges sont nombreux, à commencer par les différences de rentabilité entre ateliers, à niveau technique équivalent. Des différences qui, sur la durée, créent des frustrations. Pierre Tanneau, agriculteur en retraite, médiateur dans les situations conflictuelles, cite un autre exemple, moins courant, dans une société à cinq associés avec vente directe partielle de la production laitière. « Les associés ne font plus le même métier. Le conflit s'est installé entre deux des associés, l'un sur l'élevage, l'autre à la commercialisation, pour des questions d'horaires de travail ». Les séparations sont plus nombreuses lorsque les décisions sont prises par une seule et même personne. De même, l’engagement quasi contraint d’un associé accentue les risques de dissolution. Le simple remplacement d'un associé peut être problématique. Le nouvel arrivant doit trop souvent se glisser dans la peau de celui qui vient de partir, sans avoir le même profil et les mêmes envies. Le manque d'objectifs professionnels communs est rédhibitoire. On le voit : le modèle choisi, rare dans les autres secteurs d’activité, est fragile et, malheureusement, contre nature. Bernard Laurent


 


Photo : Chaque année, un cinquantaine de sociétés sont dissoutes dans chaque département breton.


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Date de l'article : semaine du N° du 3 au 9 Février 2012
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