
Au moment de l’acquisition de la presse mobile de pressage de la graine de colza, en 2006, entre 25 et 30 adhérents s’étaient engagés. Au fil des années leur nombre n’a cessé de diminuer, au point qu’ils n’étaient plus que 6 à utiliser la presse lors de la dernière campagne. La pérennité de l’outil est de fait en jeu car la presse est désormais en sous-utilisation.
La difficulté réside en fait dans la valorisation de l’huile et pas dans le tourteau qui trouve sa place dans la ration des vaches laitières, en substitution du tourteau de soja. Au départ, la valorisation de l’huile comme biocarburant paraissait séduisante, mais rapidement les éleveurs se sont rendus compte que cette voie ne permettait d’utiliser qu’une petite partie de l’huile produite. Les agriculteurs se sont retrouvés avec des stocks. Le secteur du machinisme s’est lui aussi montré plus que réticent vis-à-vis de ce biocarburant, mettant sérieusement en garde sur les garanties, au point de décourager les utilisateurs. La valorisation des éleveurs de porcs fafeurs est une autre voie intéressante. Mais la filière n’est pas structurée et les relations entre producteurs d’huile de colza et utilisateurs se sont parfois avérées délicates.
Un débouché important
De nouvelles voies sont explorées, parmi lesquelles l’incorporation dans les aliments pour chevaux et l’utilisation dans les centrales d’enrobés. Les centrales d’enrobés utilisent un produit gras pour que le bitume ne colle pas aux différentes parois des machines. Yannick Le Bars, éleveur laitier et producteur de colza, également président de la Cuma
Innov’22 a initié la démarche auprès de la centrale d’enrobage du groupe Eurovia à Pontrieux. « Des essais ont donné des résultats concluants, à condition de réchauffer l’huile pour la fluidifier ».
Depuis 2 ans, il commercialise donc l’essentiel de l’huile produite sur son exploitation (12 000 à 15 000 litres) auprès des deux centrales d’enrobage de Pontrieux (22) et de Vignoc (35). Un autre éleveur a conduit la même démarche avec la centrale d’enrobage de Plestan (22). La valorisation se fait entre 850 euros et 900 euros la tonne.
C’est donc une voie intéressante pour les producteurs d’huile et doit être approfondie dans les prochains mois. Elle nécessite de recenser les nombreuses centrales d’enrobage, et ensuite de les convaincre, car ils doivent prévoir quelques aménagements. « Simples et peu coûteux », précise Yannick Le Bars. Les arguments développés auprès des centrales sont le prix, inférieur aux produits actuellement utilisés, l’efficacité avérée de l’huile, la simplicité de mise en œuvre, l’environnement avec un produit naturel et local. La difficulté réside sans doute dans le fait que ces centrales font pour la plupart partie de grands groupes et qu’il faut parfois l’aval d’un centre de décision éloigné. Mais les initiateurs du projet ne désarment pas car les volumes potentiels de ce débouché sont énormes de 500 à 10 000 litres par centrale. Pierre Dénès
Légende photo : Yannick Le Bars, producteur de lait, également président de la Cuma Innov’22 a initié la démarche auprès des centrales d’enrobés.