
« En dix ans, nous avons investi 100M€ sur la recherche et le développement de pommes de terres OGM résistantes au mildiou et à destination de l’amidonnerie », indique Jean-Marc Petat, directeur environnement chez BASF Agro. Un manque à gagner évident pour le semencier qui ne pourra finalement pas développer commercialement ce produit. BASF est la dernière entreprise à avoir annoncé l’arrêt de sa recherche sur le développement d’OGM commerciaux en Europe.
L’Europe n’est pas un marché porteur pour les OGM
« En France, Bayer a arrêté les essais OGM en 2004 », déplore François Thiboust, directeur de la communication chez Bayer CropScience. Selon lui, « la polémique sur les OGM, les destructions d’essais, le blocage politique, le manque de perspectives expliquent en grande partie cette décision ». De plus, pour Bayer CropScience, il est nécessaire de se rapprocher des marchés OGM actuellement en fort développement sur tous les continents sauf en Europe. Même constat du côté du groupe auvergnat Limagrain qui a arrêté ses essais en pleins champs faute de garanties quant au fait de mener à leur terme ces expérimentations. Depuis 2007, et la destruction de ses essais en maïs OGM, le groupe Limagrain a suspendu les expérimentations en pleins champs en France pour les confiner en laboratoire ou en serres. Cependant, Daniel Chéron, directeur général de Limagrain, est optimiste et tient à conserver une implantation en Europe, même à minima. Selon lui, « Limagrain est un groupe français, qui a des convictions européennes, attaché au territoire où il souhaite développer les biotechnologies végétales ». D’ailleurs, au niveau européen, Biogemma, regroupant les investissements des coopératives Limagrain et Euralis, de l’entreprise RAGT et des sociétés Sofiprotéol et Unigrains, continue à réaliser des recherches sur les biotechnologies végétales. Mais les essais, eux, sont réalisés outre-Atlantique. Un autre acteur important sur la recherche OGM en Europe, Syngenta, a arrêté en 2004 son programme en Europe en raison du manque de perspectives commerciales. Sur l’avenir du développement des biotechnologies en Europe, les avis divergent. Chez Limagrain, Daniel Chéron se veut optimiste et envisage même la reprise d’essais en France « au mieux dès 2013 », après une année électorale peu propice aux prises de positions tranchées par les politiques. En revanche, chez Bayer CropScience, François Thiboust est plus pessimiste, considérant que « les OGM n’ont pas de perspectives à court ou moyen terme en Europe alors que leur développement à l’international continue ». Mais, il est, selon lui, impossible de se passer des biotechnologies à l’avenir. Il regrette cependant le fait que les blocages sur les OGM gênent la recherche sur les biotechnologies en général.