
Il y a d’abord ce qui engendrera une volatilité « naturelle » des marchés agricoles. Il s’agit des fondamentaux de l’offre et de la demande, ceux qui depuis des années font valser les prix et ont rendu nécessaire la mise en place du premier marché à terme des céréales à Chicago... en 1848 ! Coté offre, nous avons trouvé la Nina dans la hotte du Père Noël. Ce phénomène climatique, qui n’a cessé de se renforcer depuis quelques semaines, provoque sécheresse ou fortes pluies selon les zones géographiques où il sévit. À l’heure où les réserves en soja et en maïs sont faibles au niveau mondial, ça n’est pas de bon augure. Ces perturbations climatiques sont sans doute aussi à l’origine des mauvaises conditions d’implantation du blé d’hiver, aussi bien aux USA qu’en Ukraine. Il faudra ressemer de nombreuses parcelles au printemps, ce qui devrait amoindrir l’offre pour cette céréale. Mais si la demande faiblit, pourrait-on penser, tout cela devrait s’équilibrer. Ne nous méprenons pas car la récession qui limite la demande des pays développés ne touche pas les pays émergents.
La Chine, alliée des éleveurs...
Si le PIB mondial tourne au dessus de 3 % l’an prochain, alors les matières premières trouveront un support. Là encore, tout va dépendre de la Chine. Or, la nouvelle équipe dirigeante, davantage libérale, va prendre les rênes de l'État en 2012. Le Parti communiste chinois ne peut pas laisser la croissance du pays plonger, et réoriente déjà celle-ci vers la consommation intérieure pour réduire l'exposition à la conjoncture internationale. Il vient par exemple, d’abaisser les droits de douane sur de nombreux produits (dont le charbon, le pétrole, les engrais). Cette mesure est passée assez inaperçue dans les médias, elle est pourtant porteuse d’espoir pour le marché international. Car si la demande chinoise fait monter le prix des produits de base, c’est aussi elle qui soutient le prix des produits transformés. Le lait et la viande de porc en sont un bon exemple. Tout n’est donc pas négatif pour l’éleveur.
La valeur des monnaies
Si les choses paraissent pouvoir s’ajuster assez « logiquement », nous ne pouvons malheureusement pas écarter la possibilité d’une volatilité cette fois « exceptionnelle », dans les 12 mois à venir. Nous en avons déjà parlé dans ces colonnes, la financiarisation extrême des marchés agricoles, lie le blé ou le soja au cuivre, au pétrole, aux indices boursiers et au marché obligataire. En cas de dévissage violent des marchés boursiers par exemple, les cotations agricoles n’y resteraient pas insensibles. Malgré tout, la situation est différente de 2008, notamment parce que les stocks de nombreuses « commodités » sont beaucoup plus bas. Pour l’instant, le marasme économique et politique dans lequel nous pataugeons, s’exprime au travers des parités monétaires. La dévalorisation de l’euro face au dollar a déjà rendu notre blé très compétitif sur la première partie de la campagne et a, par contre, renchéri nos importations de soja. En Russie, la dévaluation du rouble à la fin de l’été, a été une composante majeure de sa compétitivité sur les marchés mondiaux. Au Brésil, la faiblesse du real, aide les exportateurs à écouler leurs produits sans trop concéder sur les prix. Il est clair que dans les mois à venir, le marché des devises va encore être très volatil. La véritable certitude, c’est donc que l’avenir sera complexe et chaotique. Et que pour rester dans la course, il faudra penser collectif...Parce qu’à défaut de pouvoir anticiper, il faut au moins se donner les moyens de rester réactif, s’organiser en réseau est important. La gestion des risques est possible et ne consiste pas à attendre le dernier moment ou à suivre le mouvement... Patricia Le Cadre / Vigie Matières Premières
Photo : La demande chinoise tend les prix des produits de base mais elle soutient aussi les prix des produits transformés. Tout n’est donc pas négatif pour les éleveurs.
Les Etats-Unis bientôt en première ligne ?
L’avenir de l’euro ne dépend pas que de la résolution de la crise des dettes souveraines. Même si les États-Unis font tout pour focaliser l’attention des marchés sur le problème européen, les projecteurs finiront bien par se braquer sur eux. Si l'Europe traverse la plus grande crise financière de son histoire, les USA ne sont pas en reste. La différence entre leur dette totale et la nôtre est mince. Contrairement à la BCE, la réserve fédérale américaine (la FED) peut imprimer autant de dollars qu’elle veut, repoussant aux calendes grecques le remboursement de leur vie à crédit. Si le dollar reste une valeur refuge (faute de mieux) auprès des investisseurs, ces derniers finiront par comprendre que le billet vert ressemble de plus en plus à de la monnaie de singe ! C’est pourquoi une dégringolade de notre monnaie par rapport à la leur, n’est pas forcément une fatalité, même si elle fait consensus aujourd’hui.