
L’hiver n’a pas encore coulé sa chape de froid que l’on commence à parler mise à l’herbe. Ou plus exactement de fertilisation azotée des prairies. Les agronomes conseillent de réaliser le premier apport d’azote quand on atteint les 200 °C base 0°C calculés depuis le 1er janvier (lire encadré). Cette base est parfois portée à 250 °C pour les prairies temporaires à base de ray-grass anglais et les prairies naturelles.
Avant le démarrage en végétation
En Bretagne, sur les trente dernières années, les données de Météo France situent cette période entre le 23 janvier et le 5 février. Période qui pourrait être avancée cette année en raison des températures extrêmement clémentes de ce début d’hiver. Mais les dés ne sont pas jetés comme le sous-entend la Saint-Vincent : « Tout dégèle ou tout fend ». Pour rappel, le seuil des 200 °C avait également été précoce en 2011. Ce repère des 200 °C permet de réaliser le premier apport un peu avant le démarrage de la végétation. L’objectif de ce premier épandage de printemps est d’accélérer la vitesse de croissance de l’herbe dès le début de saison. Sachant qu’une carence précoce en azote pénalise la production comme le rappelle Pierre-Vincent Protin, ingénieur à l’Institut du végétal. Et d’ajouter : « Pour l’herbe ensilée, un retard d’un mois entraîne la perte de 600 kg de MS/ha tandis qu’en foin, un retard de 2 mois fait perdre 1,9 t de MS ». Pour autant que la somme de températures est un repère aujourd’hui éprouvé, le bon sens paysan doit éviter les apports trop précoces réalisés en condition extrêmement pluvieuses susceptibles d’entraîner des pertes par lessivage, voire en conditions desséchantes susceptibles d’entraîner une volatilisation (cas particulier de l’urée). Sans oublier les périodes d’interdiction d’épandage fixées dans le cadre de la Directive nitrates qui peuvent être le premier facteur limitant : autorisation à partir du 15 janvier, 1er février ou 15 février selon les départements bretons, les types de prairies et la nature des fertilisants.
20 à 25 kg de MS par unité d'azote au printemps
Reste que c’est au printemps que l’efficacité de l’azote est la meilleure. À titre indicatif, on peut obtenir 20 à 25 kg de MS par unité d'azote au printemps et de 0 à 15 kg de MS en été. Sachant que l’azote disponible pour les graminées peut avoir différentes origines : la minéralisation de la matière organique du sol (40 à 180 unités/ha selon une étude normande), la fixation de l’azote atmosphérique par les légumineuses (50 unités dans une prairie à 20 % de trèfle blanc pour un rendement de 8 t MS/an), la restitution au pâturage (400 journées vaches laitières au pâturage produisent 36 unités/ha).
En conditions de fauche précoce, les apports extérieurs constituent l’essentiel de la source azotée de la culture. L’Institut du végétal estime, d’après divers essais conduits en Loire-Atlantique, Meuse et Indre, que la dose optimale d’azote pour la production d’herbe ensilée est proche de 120 unités/ha. « Pour cette première exploitation vers la mi-mai, le sol a en effet fourni très peu d’azote (production de seulement 2 t MS/ha pour les parcelles non fertilisées). Dans ces conditions, un apport de 90 unités était insuffisant pour obtenir le rendement maximum ». Des essais similaires conduits en foin ont montré que la production maximale était obtenue avec un apport de 90 kg/ha (La Jaillère en Loire-Atlantique). « Ceci est possible grâce à une bonne fourniture d’azote par le sol puisque les parcelles non fertilisées ont produit 6 t MS/ha ». La différence s’explique en partie par une récolte plus tardive que l’ensilage ; ce qui permet à la culture de profiter de la minéralisation importante quand les températures atteignent 15-20 °C associées à une bonne humidité du sol.
Didier Le Du
Photo : En sortie d’hiver, on ne peut pas compter sur la minéralisation de l’azote du sol pour la production d’herbe.
Une boîte à outils dans le Paysan breton
Chaque semaine, dans la rubrique Agrométéorologie (avant-dernière page du journal) Paysan Breton vous fournit la somme de températures en base 0°C actualisée chaque mardi pour huit petites régions bretonnes. (Calcul : température maxi du jour + température mini du jour /2 ; on ne retient que les degrés au-dessus de 0 °C).Pour l’herbe, cette somme de températures en base 0°C à partir du 1er janvier vous permet de cibler le meilleur moment pour réaliser le premier apport d’azote. Exemple, pour Quimper, le cumul était de 99,6 °C au 10 janvier 2012, soit 6-7 jours d’avance par rapport à la moyenne décennale ; l’avance végétative peut-être évaluée à 8 jours à Rostrenen et Rennes. Si les températures clémentes perdurent, le premier apport pourrait être réalisé le 20 janvier dans les régions quimpéroise et rennaise, vers le 23 janvier à Rostrenen. Sous condition de respecter les calendriers d’épandage.