
Le stage à l’étranger rendu obligatoire dans de nombreuses écoles d’agriculture n’apparaît plus comme une « épreuve » pour les jeunes. Il serait d’ailleurs intéressant de constater les réactions de ces derniers si ce stage en exploitation au-delà des frontières venait à être supprimé. Car à les écouter, les jeunes semblent ravis de leur expérience… et ne demandent qu’à recommencer.
Des Canadiens accueillants et travailleurs
À 18 ans, Kévin Tollec a d’emblée choisi de doubler la mise. Le mois de stage obligatoire s’est transformé en une période de 2 mois et demi outre-Atlantique.
Passées les tracasseries administratives liées à son statut de travail saisonnier, Kévin a bravé l’atmosphère étouffante des étés canadiens sur une exploitation de l’Ontario, entre Ottawa et Montréal. « J’ai été chaleureusement accueilli, comme savent le faire les Canadiens », se souvient Kévin qui a partagé le quotidien d’éleveurs laitiers pendant tout un été. « Avec des journées de 4 h du matin à 19 h », raconte-t-il, en précisant que le troupeau de 65 vaches était logé toute l’année en stabulation entravée avec traite au transfert. « Beaucoup de travail manuel », relate le jeune Breton. « Même s’ils utilisaient une pailleuse adaptée aux petites bottes et que le stockage des fourrages se faisait en silo-tour ».
Pas très loin – à l’échelle canadienne –, Ambroise Le Berre a œuvré pendant un mois dans une exploitation maraîchère de Sainte-Madeleine, près de Montréal. Beaucoup de travail encore dans cette exploitation qui cultive 14 sortes de légumes. Pour couvrir une partie des besoins en main-d’œuvre, ces maraîchers font appel à des salariés guatémaltèques.
Si l’accueil des agriculteurs reste ancré dans sa mémoire, ce jeune Douarneniste se souvient aussi des allers-retours au marché Jean-Talon, « le plus grand marché de l’Amérique du Nord » où la famille possède un kiosque de vente pour ses légumes. « Ils se plaignaient des prix de vente », a relevé Ambroise qui signale aussi un autre kiosque tenu par la famille et consacré à la vente de viande de porc. « Ces agriculteurs élèvent 1 000 porcs par an. Ils sont entre autres nourris avec du lait déclassé et du tourteau de bleuet. En parallèle de ces charcutiers vendus en direct, les éleveurs commercialisent aussi 250 cochons de lait par an ».
Un foncier à 64 000 €/ha
Retour en Europe avec Léo Lan qui a choisi la Hollande. « L’exploitation se trouvait au nord des Pays-Bas, dans la Frise ». Une exploitation « moyenne » de 300 000 litres pour une quarantaine de vaches nourries 100 % à l’herbe. « Contrairement à de nombreuses exploitations de la région, les vaches allaient au pâturage ». C’est le rythme d’exploitation de l’herbe qui a impressionné ce jeune Scaërois : « La fauche intervenait toutes les trois semaines. L’herbe était préfanée et enrubannée en big après avoir subi une coupe fine ».
Dans cette zone de polders où les champs sont délimités par des canaux, la terre est un bien précieux : « 64 000 €/ha à l’achat ; 1 000 €/ha à la location ». Non, non, il n’y a pas de zéro en trop… Didier Le Du
Un autre pays du fromage
Steven Loaec et Sylvain Lucas ont choisi de faire route commune vers la Suisse. Le premier a passé un mois dans les alpages à 1 250 m d’altitude où les agriculteurs qui l’ont accueilli conduisent leurs 27 simmentals sur 16 ha du 10 mai au 10 octobre.
« À l’automne, les vaches descendent dans la vallée où ces agriculteurs possèdent 27 ha ». Là-haut dans la montagne, le réveil sonne à 4 h 45. Chaque matin a son rituel : « Allumer le feu de bois qui servira à chauffer le lait dans un grand chaudron de cuivre. Traire les vaches. Fabriquer l’Etivaz, un fromage suisse haut de gamme. 400 litres de lait sont employés chaque jour pour cette fabrication. Ce qui nécessite beaucoup de bois. « Ces agriculteurs possédaient 1,5 ha de bois destiné à cet usage ».
À moins grande altitude, Sylvain a découvert une exploitation mixte de 20 vaches Red Holstein et de 200 truies gestantes. « Il n’y avait pas de maternité ». Beaucoup de travail manuel encore dans cet élevage où les vaches sont en étable entravée avec transfert. « Les éleveurs livraient le lait tous les jours à la laiterie », explique-t-il. Et de préciser que « ce lait destiné à la fabrication de gruyère AOC se vendait 700 /1 000 litres ».
Légende photo : Les lycéens et Denis Rogard, enseignant.