
On y pense surtout à la fin de l’été quand le marché français du veau de 8 jours s’engorge : l’Espagne constitue un débouché d’équilibre pour le veau laitier breton. Et pas uniquement quand les prix du petit veau chutent. Un courant commercial régulier existe vers ce pays qui a fortement développé l’engraissement dit à cycle court dans les années 90. Des milliers de veaux prennent la direction des ateliers d’engraissement (« cebadores ») qui achètent des veaux (appelés « mamones ») issus de troupeaux laitiers. Les veaux importés proviennent en grande partie de France, d’Irlande, mais aussi de Roumanie et de Pologne. Après un sevrage précoce, les veaux sont engraissés de façon intensive avec des rations sèches à base de paille et de concentrés riches en céréales. Ces dernières années, l’augmentation du prix des céréales a d’ailleurs compromis la rentabilité de ces ateliers. Durant la phase d’engraissement, les jeunes bovins mâles affichent des vitesses de croissance comprises entre 1 500 et 1 700 grammes par jour et des indices de consommation proches de 5. L’acidose est le principal risque dans ces systèmes où le ruminant frôle toujours la ligne jaune. En fin d’engraissement, les niveaux de consommation se situent entre 8 et 9 kilos de concentré par jour.
Prix des céréales déterminant
En Catalogne, à Belloc, dans la province de l’Erida, Miquel Alenta gère ce type d’atelier d’engraissement sous forme d’intégration partielle. « Nous avons calculé que ça valait la peine d’engraisser les veaux qui affichent de bonnes croissances. Même si nous avons arrêté temporairement, il y a trois ans, quand les céréales étaient trop coûteuses », explique-t-il. Cet élevage s’approvisionne essentiellement sur le marché local. Une partie des veaux mâles arrive sur l’exploitation à l’âge de 10-20 jours et une autre partie après le sevrage, à l’âge de 2,5-3 mois. Durant la phase d’allaitement, les veaux sont élevés en grandes cases collectives paillées dans une grange sans prétention, visiblement amortie depuis longtemps. « La rentabilité passe par la réduction des charges à tout niveau », glisse au passage l’éleveur.
Qu’on ne s'y trompe pas : les éleveurs espagnols, comme leurs concurrents européens, recherchent des veaux de qualité. Il est en effet restrictif de penser que la péninsule ibérique est le déversoir européen pour le tout-venant de piètre qualité. « Encore faudrait-il que les animaux faibles puissent supporter le transport », confie un acheteur français.
Avantage aux croisés
Miquel Alenta avoue d’emblée avoir un petit faible pour les veaux croisés ou viandés. « Nous engraissons les animaux jusqu’à l’âge de 10 mois et demi. Un Holstein pèse en moyenne 230-240 kg de carcasse. Un croisé Montbéliard fait 50 kg de plus », calcule l’éleveur qui constate également qu’un croisé a une durée d’engraissement inférieure de 15 à 21 jours. « Nous observons aussi que ces derniers sont plus résistants et nécessitent moins de soins et de médicaments ».
En octobre dernier, ce bovin de boucherie de 10,5 mois se vendait en moyenne 3,40 €/kg de carcasse. « Avec des nuances selon le classement : 20 % des Holstein sont classés P ; 2-3 % seulement des croisés », souligne Miquel Alenta qui chiffre entre 30 et 50 € de plus-value pour un croisé par rapport à un Holstein pur. Didier Le Du
Photo : Durant la phase d’allaitement, les veaux sont élevés en grande case sur paille.