
La Cavale Blanche, la rocade ouest de Brest, le flot incessant de voitures. À peine visible, au milieu de cette animation urbaine, un chemin buissonnier. Une voie bordée de talus qui vous conduit à la ferme de Valérie et Philippe Nicol. En quelques minutes, vous basculez des trépidations de la vie citadine à la tranquillité de la campagne. Vous êtes à la ferme de Traon Bihan.
Un foncier convoité, un potentiel commercial à la porte
Campagne tranquille peut-être, mais convoitée. Brest Métropole Océane (BMO) a déjà mis une option sur une vingtaine d’hectares de l’exploitation. C’est d’ailleurs à la ville qu’appartient la majorité des 64 ha que compte cette ferme laitière qui s’étendait jadis sur 94 ha. « C’est sûr que dans les 5 à 15 ans qui viennent nous allons perdre de la terre », ne cache pas Philippe Nicol, pourtant très attaché à rester agriculteur là où il est né. Reste que si le couperet foncier plane toujours au-dessus de la tête de ces agriculteurs, le fait d’exercer si près d’une ville a aussi des atouts. Avec ses 200 000 habitants, Brest constitue un réservoir de consommateurs à proximité immédiate. Des consommateurs tout à fait disposés à faire un crochet à la campagne pour acheter des produits fermiers si l’on en croit le dernier marché de Noël qui a attiré plus de 1 200 personnes à Traon Bihan. D’autres agriculteurs en rêveraient d’un tel potentiel commercial… C’est en 2010 que le couple Nicol s’est véritablement lancé dans la vente directe. Même si la vente d’œufs faisait partie de la tradition de la ferme. « En un quart d’heure, tous les œufs étaient vendus », se souvient Valérie qui pratique également l’accueil de scolaires à la ferme et propose une activité de jardin partagé (7 personnes sur 1 000 m2). « Pour poursuivre la vente d’œufs, il aurait fallu augmenter le nombre de poules et donc entreprendre des travaux importants de mise aux normes ».
Transformation et de conditionnement
C’est logiquement en production laitière que les éleveurs ont choisi d’investir. « Je travaillais à l’extérieur. Dans un souci de pérenniser l’exploitation et de consacrer plus de temps à nos enfants, j’ai choisi de m’installer », explique Valérie qui a fait de la transformation et de la vente directe son activité plus ou moins indépendante sur l’exploitation. « Philippe me donne un sérieux coup de main. Car la transformation laitière et la commercialisation, c’est du travail », dit Valérie Nicol.
Beaucoup de travail. « Pour être à l’aise, il faudrait être trois sur l’exploitation », poursuit l’agricultrice qui, outre la vente à la ferme, démarche aussi les écoles, les collectivités. « Qu’il faut aussi livrer ». La mise en place de ce projet s’est traduite par un investissement de quelque 150 000 euros. « L’atelier de transformation de 110 m2 a été aménagé dans un bâtiment existant », montre l’agricultrice qui cite l’achat d’un pasteurisateur de 300 litres directement connecté à la salle de traite par un lactoduc. La conditionneuse (25 000 €) constitue également un investissement conséquent, en parallèle d’un camion de livraison, d’une étuve (qui fait aussi du froid), d’un frigo et de nombreux autres petits matériels. « Cet atelier est conçu pour transformer 600 litres de lait par jour. Pour la première année, nous avons transformé 20 000 litres », dit Valérie Nicol qui fabrique des yaourts nature et à boire, du riz au lait, de la crème fraîche, etc. et vend, bien entendu, du lait cru. Didier Le Du
Photo : Valérie et Philippe Nicol, éleveurs laitiers à Brest Saint-Pierre.
L’exploitation
- Certifiée bio depuis 2001.
- 64 ha + 7 ha de fauche en zone humide.
- 42 vaches (Holstein, Montbéliarde, Jersiaise), 3 100 litres de lait produit/ha. (87 % d’herbe dans la ration).
- Assolement : 56 ha d’herbe (50-60 ares accessibles/VL), 6 ha de mélange céréalier, 2 ha de betterave
- Stocks : 2,2 tonnes/VL, 103 ares d’herbe/UGB.
- Fertilisation : Limitation des apports azotés. Sols couverts en permanence. Fuite azote : 28 kg/ha de SAU (baisse de 10 kg en 10 ans).