
Retour à la multiplication. Plusieurs années après avoir arrêté la production de cochettes, Jean-Yves, Michel et Hervé Auffray (Plélo, 22) ont investi dans un nouveau troupeau tout droit arrivé du Danemark. Ils sont les premiers multiplicateurs français de la truie DanBred. Leur motivation initiale était d'apporter de la valeur à leur outil, en tenant compte du fait que l'agrandissement de l'atelier (390 truies) n'est pas envisageable sur le secteur. Ils ont donc profité de la mise aux normes bien-être pour orienter leur atelier NE vers un nouveau schéma de sélection. D'un voyage au Danemark, ils sont revenus convaincus que « les performances remarquables de la génétique DanBred pourraient apporter des solutions », synthétise Johan Meeus, de Porc-ex, distributeur de DanBred en France. « Mais il allait falloir importer, ajoute Jean-Yves Auffray, l'aîné des 3 frères du Gaec. Finalement, on s'est dit, "pourquoi ne pas la multiplier nous-même ?" »
Large white X Landrace
De fait, les premières Large white danoises arrivent sur l'exploitation en juillet 2011. Trois autres camions suivent, et début octobre, l'ensemble des cochettes est sur place. « Nous en avons reçu 430 », chiffre Jean-Yves Auffray. Hormis celles en Large white nécessaires pour l’auto-renouvellement, toutes les inséminations seront faites avec du Landrace danois. « Nous avons mis 6 verrats en production chez Amelis à Lanrodec et 2 souffleurs avec de bons index sur l'élevage qui peuvent aussi être utilisés », précise Johan Meeus. De ce croisement naît la femelle destinée aux éleveurs de la région « qui veulent regarder l'avenir », argumente-t-il. « Car la DanBred est l'opportunité d'avoir un animal économique », avec des avancées, « sur la prolificité, la qualité et le coût de production des porcs charcutiers (croissance, IC, TMP), ainsi que sur l'homogénéité des performances et de la conduite. » Les éleveurs danois consacrent annuellement « 16 millions d'euros à l'amélioration génétique » qui met aussi en avant la sociabilité.
Adaptée à la vie en collectivité
À voir leurs cochettes évoluer sur ces premiers mois passés en Bretagne, les éleveurs se montrent déjà satisfaits en attendant les premières mises bas prévues pour février, « malgré les 24 heures de transport, elles se sont très bien adaptées. Les échographies confortent l'impression visuelle que les premières femelles saillies sont bien pleines », se réjouit Jean-Yves Auffray. « En travaillant bien, les frères Auffray pourront produire 8 reproductrices / truie / an, explique Johan Meeus. Cela fera plus de 3 000 cochettes F1 / an », et les éleveurs entendent sevrer plus de 30 porcelets / truie / an. « C'est un objectif réaliste », précise Johan Meeus, en prenant aussi l'exemple d'un élevage belge où il a récemment invité des intervenants français à découvrir la DanBred. Là-bas, les 200 truies productives accouplées avec du Pietrain produisent 13,64 porcelets sevrés / portée, soit plus de 33 par an. « L'objectif ambitieux, c'est d'atteindre les 40 sevrés. » Cela se fera sous réserve de « bien manager ses reproductrices. Avec 16 à 17 porcelets nés, il faut adapter la ration. De 2,2 kg en milieu de gestation, il faut arriver à 3,2 kg à partir de 85 j pour une cochette et à 4 kg pour une truie. » De la même manière, « il vaut mieux limiter les apports de lysine pour favoriser le développement des futures reproductrices », illustre-t-il. Avant de confirmer les performances espérées de la génétique dans laquelle ils ont investi, les frères Auffray ont déjà été séduits par le calme de leurs animaux. Un trait de caractère avantageux pour la vie en logement collectif ainsi que pour les interventions telles que les inséminations ou les échographies. À en croire les éleveurs, le plus difficile serait presque de les faire se lever. Ronan Lombard
Photo : Les premières mises bas ne sont pas attendues avant février.