
« C'est un problème qui dure et qui s'aggrave. » Sur la presqu'île de Rhuys, des éleveurs, déjà en situation inconfortable avec des stocks mis à mal par les sécheresses, s'agacent de retrouver leurs surfaces fourragères saccagées par les sangliers. Sans compter les pertes de rendements, ils doivent repasser derrière les suidés pour redonner à leurs parcelles des allures de terres cultivables. « Ici, ça fait six fois que j'interviens. Maintenant, j'ai décidé de laisser tomber et ne plus la refaire. » À force de répétition, « le moral en prend un coup », confie Jean-François Perrodo, éleveur de Blondes d'Aquitaine à Surzur, en montrant une prairie implantée dans l'année. « Toutes les prairies neuves y ont eu le droit. » Pascal Le Brech, un de ses voisins, complète : « J’avais 12 sangliers dans un champ de maïs. Il y a eu une battue, mais ça n'a fait que déplacer le problème : 4 ont été tués. Les autres sont arrivés ici. » Bien sûr un système d'indemnisation est en place, mais les deux éleveurs jugent le processus trop complexe pour le solliciter à chaque fois, « il faut faire la déclaration, accueillir un contrôleur qui constate les dégâts, faire les réparations, envoyer les factures puis faire constater que les travaux ont été faits », listent-ils. « Mais ça n'est de toutes façons pas satisfaisant. On pourrait accepter que notre travail soit détérioré ponctuellement, mais pas aussi souvent. »
Climat favorable, prolificité et immigration
Le directeur de la fédération départementale de la chasse, Bruno Jaffré, explique : « nous connaissons des années climatiques favorables à l'accroissement des populations avec de bonnes fructifications forestières. Au lieu d'une par an, les laies, matures plus jeunes, font 1,5 portée / an. » Ce qui implique une population importante cette année et donc la recrudescence des dégâts. « Il y a aussi des arrivages en provenance de Brière. Là-bas, les sangliers pullulent et quand le niveau des eaux monte, ils s'éparpillent, » et une grande partie, en traversant la Vilaine, arrive sur la presqu'île, guidée par l'obstacle qu'est la route nationale.
Des nouvelles mesures sont en place
En dépit des difficultés d'y chasser le sanglier (pression touristique, marais, moindre disponibilité des chasseurs ), « sur ce territoire, nous avons porté un effort au niveau des prélèvements. Depuis le 1er août, nous sommes passés d'un plan de chasse à un plan de gestion », qui intègre le fait que la pression des dégâts sur les terres agricoles doit être maintenue à un niveau acceptable. « Le meilleur équilibre agro cynégétique » possible doit être défini et atteint, résume Bruno Jaffré. Sur le sujet, « nous travaillons en collaboration avec la FDSEA. » Laurent Kerlir, le président de la FDSEA, note qu'il y a « des discussions et la volonté de trouver des solutions », tant de la part des représentants des agriculteurs que de ceux des chasseurs. Dans le cadre du plan de gestion, la distribution de bracelets supplémentaires est beaucoup plus souple. « Depuis le 15 août, nous en sommes à 87 prélèvements de sangliers et nous allons poursuivre ce travail. L'an passé à même époque, nous en étions à 35. » Pour Bruno Jaffré, le dispositif a donc porté ses premiers fruits, mais dans les champs, « les effets ne seront pas visibles immédiatement. Seulement à partir de la fin de la saison de chasse », évalue-t-il. En attendant ces jours meilleurs, la seule chose à faire sur le très court terme reste la déclaration, estime Laurent Kerlir. « Même si la démarche est un peu lourde, en plus de l'indemnisation, cela fait reconnaître le problème et justifie les actions telles que les battues administratives. » Ronan Lombard
Photo : Jean-François Perrodo et Pascal Le Brech sur une prairie labourée par les sangliers.