
La ferme de Kerlavic a finalement beaucoup de mal à se reconvertir. Victime de la régionalisation des stations expérimentales en 2001, cette propriété de la Maison de l’élevage du Finistère a dû, une nouvelle fois en 2011, imaginer un autre avenir. Le 7 décembre dernier, le président, Alain Hindré, a tranché : « Pas question de combler 100 000 € de déficit annuel ». Point final de la laborieuse mutation de la ferme expérimentale bovine en « centre de ressources agriculture et environnement ».
Le troupeau de Limousines préservé
Aujourd’hui, l’entité est scindée en trois pôles. L’élevage de Limousines reste propriété de la Maison de l’élevage du Finistère qui confie la conduite du troupeau à Gilbert Le Stanc, salarié et sélectionneur passionné par la race. Après l’abandon de l’engraissement, le choix est fait de faire évoluer le cheptel de 56 à 70 vaches allaitantes. Rappelons que ce troupeau constitué en 2005 s’est hissé parmi les meilleurs élevages Limousins bretons. « Sur les 90 ha affectés à l’exploitation, 31 ha sont en propriété », précise A. Hindré.Les mesures d’azote dans le sol seront poursuivies à Kerlavic. « Les bougies poreuses continueront de fournir des données. Les essais porteront notamment sur la mise au point de systèmes de production à très basses fuites d’azote (dates de récoltes de cultures, couverts végétaux, etc.) », précise le président, en annonçant l’embauche, par la Chambre d'agriculture de Bretagne, d’un ingénieur en agronomie partiellement affecté à cette mission.
Poursuite à minima ?
S’il attend « des engagements » avant de se prononcer, Alain Hindré laisse une porte entrouverte concernant le pôle ressources. « D’accord pour continuer à minima si l’on a deux partenaires qui contribuent à financer un demi-poste d’animateur », explique-t-il, chiffrant à 45 000 € le coût annuel d’un tel fonctionnement. Et de donner un petit coup de griffe en direction de « Quimper Communauté qui n’a jamais participé financièrement, si ce n’est une fois en 2006 »
« Ce n’est pas tout de venir nous dire comment faire. Mais à un moment, il faut aussi faire », poursuit le président de la Maison de l’élevage. Une petite phrase qui vise d’abord « Sauvons la ferme de Kerlavic », le collectif « où l’on retrouve des élus de Quimper Communauté que je ne crois pas avoir vu à Kerlavic ces dix dernières années », conclut Alain Hindré visiblement déçu de la tournure prise par les événements. Didier Le Du
Photo : Les Limousines restent à Kerlavic. Le troupeau s’est hissé au rang des meilleurs élevages bretons de la race en quelques années.
Mission difficile
L’idée de transformer la ferme de Kerlavic en Centre de ressources pour expliquer l’agriculture contemporaine aux citadins était certainement une bonne idée. Tant que le projet n’engageait pas les porte-monnaie, quasi tout le monde trouvait l’initiative formidable. Reste que, quand il a fallu payer, les partenaires se sont devenus moins enthousiastes. Quant aux contributions diverses (participation des écoles, etc.), elles sont restées aléatoires. Seul le Conseil général du Finistère a été constant dans ses financements : 70 000 € les deux premières années, 66 000 € par an depuis. La Région, qui n’intervient pas dans le fonctionnement des structures, a réduit sa contribution au fil des années. Quant aux crédits européens (118 348 €), ils se sont limités à la mise en place du projet. Ponctuellement, l’Agence de l’eau, Quimper Communauté, le Pays de Cornouaille, le Sivoméaq, le Sivalodet ont apporté leur contribution. En sept ans, la Chambre d’agriculture a dû consacrer 728 204 € pour équilibrer les budgets. Un coût que ne veut plus supporter l’organisme consulaire contraint d’effectuer des arbitrages pour maintenir son équilibre budgétaire.
Trévarez prend le relais
La Chambre d’agriculture n’abandonne pas sa mission de communication. Depuis deux étés, les visiteurs du château de Trévarez sont invités à faire un crochet vers la ferme expérimentale laitière de Trévarez. «Entre 800 et 1 000 personnes ont visité la ferme entre Pâques et la Toussaint », évalue Bernard Le Viol, directeur adjoint de la Chambre d'agriculture. Et Alain Hindré d’ajouter : « Je milite pour la multiplication des lieux de rendez-vous pour animer le dialogue sociétal. Et je tiens à féliciter les comités de développement, les associations locales d’agriculteurs qui oeuvrent dans ce sens (Vieilles charrues, rando-fermes, Brest 2012, etc.).