
Park ar Kanig va-t-il passer du statut de mare aux canards ponctuelle à celui de réserve permanente de plusieurs milliers de m3 d’eau ? Devant sa parcelle qui borde l’Odet, à Pont Parc-Jaffré, sur la commune de Coray, Nicolas Postic s’étonne encore du projet pharaonique de construction de barrages destinés à préserver Quimper des inondations. « Le projet du Sivalodet est de construire un barrage-poids d’une dizaine de mètres de haut au milieu de ce champ ». Plus en aval, trois autres barrages similaires, dont deux sur le Dourlez, devraient compléter ce premier ouvrage qui submergerait 84 ha. « À Landudal, la surface prise sous les eaux de l’Odet serait 3 à 4 fois supérieure ».
Valoriser les bassins naturels
L’Odet est une rivière qui serpente tranquillement de Saint-Goazec à Quimper dans une vallée encaissée verdoyante. Ponctuellement, elle sort de son lit et inonde les vertes prairies riveraines… et Quimper. « On nous invoque la crue de 2001 qui a inondé Quimper. Mais faut-il rappeler que cette inondation a d’abord été provoquée par la rupture d’une digue en amont, sur Leuhan », assure Alain Guéguen, agriculteur à Landudal. Un agriculteur qui a encore la mémoire du combat de 1975 qui avait fini par ajourner le barrage de Ty Ouron, sur l’Odet. Pour ces deux agriculteurs, des « travaux raisonnables » permettraient de réguler le débit de l’Odet sans inonder routes et villages. « Des renforcements, des élévations de routes, etc., permettraient d’augmenter les rétentions formées par les prairies naturelles grâce à un système d’écluses », disent-ils. Et de préconiser aussi la construction de talus perpendiculaires aux pentes pour ralentir l’arrivée de l’eau à la rivière. « Ce n’est que du bon sens ». Ils alertent également sur le risque « de rupture de ces barrages-poids qui ne disposent pas d’assise en béton. Nous refusons d’imaginer le cataclysme que serait la rupture de ces digues, une ou deux par effet domino, si la plus en amont cède en premier. Il y a des précédents ».
Plus belle rivière de France
Alain Guéguen, qui se déclare « écologiste pratiquant, mais pas militant » et son collègue Nicolas Postic mettent encore en avant la richesse biologique de l’Odet. « Dans cette parcelle nommée Park ar Kanig j’ai vu une loutre. Il y a aussi des essaims sauvages dans les têtards. Des botanistes parlent même d’une espèce de rumex rare ». Cette faune et flore a d’ailleurs été décrite en 2003 dans une étude réalisée par le syndicat d’aménagement et de gestion du bassin versant de l’Odet. « Ce n’est pas pour rien que l’Odet est qualifiée de plus belle rivière de France dans les manuels scolaires », rappelle N. Postic. À cette volonté de préserver ce patrimoine naturel et rural s’opposeraient les grandes manœuvres politiques. « L’objectif est de retirer tout le quartier de la gare et de l’hippodrome du statut de zone inondable pour la rendre constructible ». Une zone en plein cœur de la capitale cornouaillaise promise à de profondes transformations en prévision de l’arrivée du TGV. Un eldorado pour les promoteurs immobiliers. Une vitrine politique, en toute vraisemblance, pour le maire de Quimper. Didier Le Du
Photo : Quatre « ralentisseurs de crue » sont projetés sur « la plus belle rivière de France ».
Ralentisseur de crue ou réserve d’eau douce
L’association de défense des usagers des vallées des bassins versants de l’Odet s’interroge sur la destination finale de ces bassins de rétention : Ralentisseur de crue ou réserve d’eau douce ? Alain Guéguen pense, qu’à terme, « ces barrages permettront d’alimenter Fouesnant qui est régulièrement en proie à des déficits d’eau potable». Au-delà de cet aspect, les membres de l’association s’interrogent sur une certaine opacité qui conduirait le Sivalodet à agir pour le compte de la mairie de Quimper. « Le Sivalodet n’a pas pour mission de construire des barrages ». Et de contester les contours de l’enquête publique, portée par le Symescoto, le schéma de cohérence territoriale de l’Odet. Un Scot qui regroupe 19 communes (communauté d’agglomération de Quimper, communautés de communes du pays fouesnantais et du pays glazik). «D’où des communes comme Coray et Trégourez qui ne sont pas concernées par l’enquête publique », explique Alain Guéguen qui parle d’obstruction à l’enquête publique. Et de conclure : « L’association a déjà trouvé 10 vices de forme concernant ce projet».