
L’analyse du recensement agricole 2010 pour les Côtes d’Armor peut se faire par les deux bouts de la lorgnette. Le positif y verra une agriculture encore nombreuse, innovante et de qualité, qui gagne en productivité et figure aux premiers rangs des départements qui installent. Le négatif constatera un déclin démographique évident, une population vieillissante, des productions sans retour de la valeur ajoutée et des revenus en dessous de la moyenne nationale. Une agriculture qui se montre à la fois solide et fragile. Christian Schwartz, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM) s’est contenté de jeter un « regard froid » sur les chiffres, laissant aux élus de la Chambre d’agriculture le soin d’en faire les commentaires.
Le vieillissement inquiète
Le département des Côtes d’Armor est le premier département agricole breton, 8 % de sa population active. Il comptait au dernier recensement, 9 500 exploitations, dont 7 400 professionnelles. La baisse est forte : - 29,3 % depuis 2000. Et ce qui inquiète, c’est surtout la proportion des agriculteurs de moins de 40 ans qui ne représentent plus que 20 % des chefs d’exploitation, contre 33 % en 2010. De quoi ranimer le débat sur le renouvellement des générations. Car si en 2011, le département connaît une augmentation sensible des installations aidées, 150 au lieu de 125 en 2010, les départs des installés de la décennie 1970 à 1980, va accélérer, 3 174 ont 55 ans et plus. La profession redouble d’efforts pour communiquer sur les métiers, attirer des jeunes non issus du milieu agricole, sans toujours convaincre à la hauteur de ses espérances. « Des emplois, non-délocalisables, rappelle Patrick Sangan, représentant des salariés, et qui méritent meilleure considération ». Thierry Thomas, Confédération paysanne, tacle les Jeunes agriculteurs, sur la politique d’installation et l’évolution de la DJA. « On en fait une aide aux investissements, plutôt qu’aux actifs ». Il rajoute : « Les jeunes qui frappent à la porte de l’installation avec des projets non conventionnels sont souvent mal accueillis ». Thierry Houël, président des JA apprécie d’autant moins que la part des installations en bio ou sur des projets diversifiés n’a jamais été aussi élevée. « L’harmonisation vise à donner de l’espoir à des jeunes dans une démarche plus
économique, qu’idéologique. Nous voulons des installations durables, et pas du nombre pour du nombre ».
Du retard sur les revenus
La préoccupation autour du foncier et de l’artificialisation semble trouver quelques réponses. Le département a perdu 1 500 ha par an sur la période 2000/2010. « L’équivalent de 5 terrains de foot par jour », précise le DDTM. Le président de la Chambre d’agriculture, Olivier Allain constate cependant que la maîtrise du foncier et la préservation de l’espace rural sont des objectifs mieux partagés. La situation économique et l’évolution des revenus constituent par contre un réel point de fragilité. « Si le département peut se glorifier d’être aux premières places des productions animales (lait et hors-sol), il se place nettement en dessous de la moyenne nationale au niveau des revenus ». Pas encore assez de retour de valeur ajoutée ! Voilà qui justifie la mobilisation sur la répartition des marges et sur la réforme des aides PAC. « Une part prépondérante du revenu des éleveurs bovins vient des aides ». Une diminution serait, dans l’état actuel des choses, catastrophique pour l’économie agricole régionale. « Le département est en première ligne pour contester le projet de Dacian Ciolos, commissaire européen » rappelle le président. « La convergence (nivellement) des aides n’est pas acceptable ». C’est le combat des prochains mois porté par le département et désormais la région. Pierre Dénès
Photo : Les élus se sont penchés sur les chiffres du recensement et ont mis en évidence les priorités pour les années à venir.
L’environnement fait toujours débat
Rapprocher les points de vue sur l’environnement n’est pas chose facile. Les échanges lors de cette session en attestent une fois de plus. « Les vents contraires sont nombreux », note le vice-président Jean-Noël Sidaner qui, à l’instar de nombreux membres de Chambre, ne comprend pas cet acharnement des associations, largement médiatisées. Le dernier exemple sur l’évolution des normes et la prise en compte de la surface totale au lieu de la surface potentiellement épandable, a été mis en exergue et dénoncé. « Cela jette le trouble dans les relations entre les représentants professionnels et certains élus, car dans la réalité cette évolution ne change rien », insiste Jean-Jacques René. Christian Schwartz confirme qu’il s’agit d’une mise en conformité avec les directives européennes. « Dans les dossiers ICPE, le facteur limitant c’est l’équilibre de la fertilisation ». Jean-Pierre Le Bihan précise que « la grande majorité des dossiers agréés au CODERST (ex comité d’hygiène) se situent autour de 130 unités d’azote à l’ha, bien loin des 170 unités ». Le DDTM souligne par ailleurs une diminution de la production d’azote et de phosphore de 6 et 7 % sur la période 2009/2010. Plus critique, Thierry Thomas estime que la majorité professionnelle n’adopte pas la bonne stratégie pour réconcilier l’agriculture avec la société. « On continue d’ignorer qu’il y a trop de productions animales sur le territoire ». Fustigeant les actions conduites par FDSEA-JA comme le match de foot sur la plage des sangliers, à Morieux. « Elles ne sont pas la réponse appropriée, ni le bon signal donné à la société ». Réaction agacée d’Olivier Allain : « La provocation ne vient pas de chez nous . C’est une réaction de légitime défense », suivie d’une mise au point de Danièle Even, secrétaire général, qui a participé à la négociation du programme d’actions du plan algues vertes sur la baie de Saint-Brieuc « Nous participons à la construction de projets avec les élus, les associations et nous sommes fiers de ce que nous faisons sur le territoire et dans nos exploitations ».