
Bien que le prix moyen payé sur douze mois, (1,31 base cadran et 1,47 payé à l’éleveur), soit le meilleur prix de la décennie, l’année porcine 2011 n’aura pas permis aux éleveurs de refaire leur trésorerie plombée par plusieurs années de crise. Le premier facteur est évidemment le prix des matières premières qui n’a cessé de grimper entre le printemps 2010 (180 euros/tonne) et mai 2011 (283 euros/tonne). « Depuis cette date, la baisse s’est amorcée, mais le prix de l’aliment est resté élevé, au-dessus de 250 euros/tonne », souligne Georges Douguet du service études. Par ailleurs le prix du porc qui avait grimpé au-dessus de 1,40 euro (MPB) au printemps est revenu en dessous de 1,30 euro pendant près de 5 mois. « Une satisfaction : la hausse depuis septembre, à contre-courant par rapport aux années antérieures ».
Une situation porcine à consolider
Un contexte chaotique donc qui n’a donc pas permis aux éleveurs de retrouver une totale sérénité. De fait, sur les douze derniers mois, le coût de revient du porc reste en permanence supérieur au prix payé à l’éleveur. Ceci se ressent nettement sur les revenus, notamment les dernières clôtures. Les premiers résultats du 3e trimestre l’illustrent, avec des revenus par UTHF qui se situent en dessous de 25 000 euros. « Bien que pas encore consolidée, la situation financière globale des exploitations porcines s’améliore sur 2011 », admet Georges Douguet. Le taux d’endettement moyen passe de 76 % à 70 %, et la trésorerie nette par truie est restée quasi stable. Cependant, ce ne sont que des moyennes qui cachent des situations plus tendues : 13 % des ateliers ont un endettement supérieur à 100 % et 22 % supérieur à 90 %. L’amélioration des résultats technico-économiques contribuent aussi à contenir la dégradation : un IC moyen de 2,88 (-0,02) et un poids de carcasse vendu par truie de 2 142 (+30 kg). À l’approche de 2012, les prévisions restent aléatoires, même si une certaine reprise été constatée. « Trop d’incertitudes pèsent : le prix des matières premières, la consommation des ménages, la demande internationale, la concurrence des autres bassins..., sans oublier la crise
financière qui pourrait ralentir la croissance dans certains pays ». Les éleveurs doivent en outre penser investissements avec le vieillissement du parc bâtiments et la mise aux normes bien-être.
Un avenir à préparer
Pour le secteur laitier, l’année 2011 a vu les clignotants passer au vert. Le prix de base prévisionnel s’affiche à 324 euros des 1 000 litres, contre 297 euros en 2010, en progression de 27 euros. La conjoncture viande s’est également redressée du fait d’une demande dynamique à l’exportation et une concurrence moins forte des pays d’Amérique du sud.
La production des exploitations connaît aussi une croissance constante : + 24 % en 5 ans. Elle devrait dépasser les 375 000 litres en 2011, conséquence des regroupements et des restructurations qui s’accélèrent. Au niveau des coûts, la tendance est à la hausse en ce qui concerne les coûts alimentaires et notamment les concentrés qui subissent aussi la flambée du prix des matières premières. L’augmentation des charges de structure est amortie par l’effet dilution de l’augmentation des livraisons. Au final, les coûts de production se stabilisent, mais avec une forte dispersion et des écarts énormes : 90 euros d’écarts entre les 10 % inférieurs et les 10 % supérieurs. Constat identique sur le point d’équilibre, + ou – 80 euros autour de la moyenne. On retrouve en 2011, l’effet gain en céréales et l’effet quota/UTFH. De ce fait, il est normal que le résultat par UTHF s’améliore nettement par rapport aux deux années précédentes, sans pour autant atteindre le niveau de 2008. Sur 5 ans, avec deux années correctes (2008 et 2011) et trois années moins favorables, le revenu moyen par UTHF se situe à 22 570 euros. Les perspectives sur 2012 restent dans l’immédiat assez favorables. Le prix est tiré par le marché des produits industriels. Quelques incertitudes demeurent cependant compte tenu de la crise économique et de son impact sur la demande mondiale. La hausse des volumes produits ou à produire pourrait aussi modifier l’équilibre du marché. La préparation de la fin des quotas se fait dans un contexte tendu entre producteurs et transformateurs. Pierre Dénès
Photo : Les coûts de production se stabilisent, mais avec une forte dispersion et des écarts énormes.