
La réduction des pesticides est un enjeu majeur pour la Bretagne. L'expérience acquise par les agriculteurs bio est un atout. Ils ont mis en place des pratiques comme l'allongement des rotations, les faux-semis, l'augmentation des densités... qui peuvent être partagées avec les agriculteurs conventionnels. Un colloque organisé à Rennes a permis d'analyser les solutions non-chimiques de gestion des adventices.
Deux contraintes
Le témoignage de Philippe Le Breton, agriculteur bio en Mayenne, illustre une stratégie concrète s'appuyant sur les leviers agronomiques. « J'exploite seul 106 ha et 4 bâtiments de volailles fermières bio (1 400 m2) », explique Philippe. « Mes terres sont hydromorphes et se resssuient lentement. Après une pluie importante, il m'arrive de ne pas pouvoir intervenir rapidement pour désherber ». La fenêtre de tir est souvent très réduite (en nombre de jours disponibles). Sa deuxième contrainte, c'est le temps de travail. « J'ai trois pics de travail dans l'année, au moment de l'installation des lots de volailles, en bande unique, en novembre, avril et juillet. Durant ces périodes, je suis pris à 100 % par les poulaillers, ce qui m'empêche de désherber les céréales d'hiver en prélevée (novembre) et de les biner au mois d'avril ». En tant qu'agriculteur bio, Philippe est très vigilant sur trois points. « Je veux conserver mes terres propres sur le long terme. Je veux limiter le temps passé aux cultures, tout en travaillant en bonnes conditions de ressuyage. Je souhaite également que les investissements soient réduits ». Il a bâti sa stratégie en privilégiant la gestion de l'interculture, la longueur de la rotation et d'autres leviers agronomiques.
Bien gérer l'interculture
« Entre deux cultures, j'essaie de labourer précocément, avec une charrue-déchaumeuse qui travaille peu profond (15 cm) et à vitesse rapide, pour gagner du temps et économiser du carburant. Par ce travail à faible profondeur, je peux maintenir l'activité des micro-organismes ». Ce labour permet de déraciner les vivaces le plus tôt possible et de favoriser les levées d'adventices. Entre les passages de charrue, de déchaumeur à pattes d'oie ou de herse étrille, il réalise 1 à 3 faux-semis entre un engrais vert et un maïs de printemps et de 4 à 6 en été, après une céréale. Par contre, entre un maïs récolté tardivement et une féverole semée précocément au printemps, il est plus difficile d'intervenir.
Une rotation longue
Le second pilier de sa stratégie, c'est l'alternance de 2 cultures de printemps et de 2 cultures d'automne : maïs, féverole de printemps, blé et triticale. « Le maïs est utilisé comme culture nettoyante. Son semis tardif permet de bien gérer l'interculture. J'apporte un soin particulier au désherbage mécanique, en réalisant 3 passages de herse étrille et 2 binages ». « J'ai réintroduit de la luzerne dans mon assolement. Lorsque le salissement de la parcelle atteint un niveau trop important, je la remets en luzerne pendant 3 ans ». Le caractère étouffant de cette plante, la fauche répétée et l'absence de travail du sol pendant ces années diminuent la pression d'adventices. Le choix variétal n'est pas orienté vers des variétés qui auraient un plus grand pouvoir couvrant car l'exploitant estime que cet effet n'est pas significatif sur le contrôle des adventices, il privilégie plutôt la qualité meunière du blé. Par contre, il recherche des variétés qui ont une bonne vigueur au départ et une levée rapide, notamment pour le maïs. Ce témoignage montre qu'on peut mener à bien une gestion des adventices, tout en minimisant la place du désherbage mécanique. Patrick Bégos
Photo : Le désherbage mécanique vient en complément de la gestion de l'interculture et de l'allongement des rotations.
D'autres leviers agronomiques
L'exploitant augmente la densité de semis (350 grains/m2 en blé), pour avoir une bonne couverture du sol. En céréales et féverole, il utilise un semoir avec un espacement faible entre les rangs. « Je vise une levée et une couverture les plus homogènes possible, pour favoriser l'étouffement des adventices par la culture. Je sème également plus tard que mes voisins en culture conventionnelle. L'objectif est de limiter les risques parasitaires mais aussi de semer après la levée des principales adventices. Cependant, ma grande priorité est de travailler et de semer sur des sols bien ressuyés ».