
« Nous ne voulons pas commenter la décision de justice, mais nous en présentons les conséquences. » Des conséquences que « les auteurs de la plainte doivent mesurer », répètent Pierre Bihan-Poudec et Jean-François Jacob, respectivement président et secrétaire général de la Sica, le 8 décembre, au lendemain d'une réunion avec les adhérents qui visait à analyser les effets de la décision de justice imposant de suspendre le chantier Saint-Politain. En premier lieu, « c'est le para agricole qui est touché. 220 personnes étaient mobilisées sur ce projet. »
Indispensable…
Pour les producteurs, les effets se feront ressentir sur le long terme, car « c'est un coup d'arrêt aux perspectives. » En effet, la plateforme de conditionnement n'est qu'un élément parmi d'autres. Face à l'éloignement des bassins de consommation, au renforcement des normes et de la traçabilité, et aux atouts des concurrents étrangers et régionaux, la Sica devait moderniser ses outils et a lancé un vaste programme : « 4 ans de projets successifs », 100 M€ engagés sur différents dossiers (plateformes, Combiwest, zone de Kériven…) « qui se retrouvent tous bloqués avec cette décision. À quoi sert de rester engagé dans Combiwest si l'on ne regroupe pas notre offre ?, interroge Pierre Bihan-Poudec. Aujourd'hui un camion doit faire 7 stations pour être complet. Produire et répondre aux normes de qualité, ça nous savons faire, mais notre faiblesse, c'est la compétitivité. » Et sans évolution des outils, « les producteurs savent qu'à long terme, c'est la pérennité de la zone légumière qui est en jeu », promettent les responsables de la coopérative. Et de mettre aussi en avant qu'il n'est pas uniquement question d'agriculture, car « il ne peut exister de région sans un secteur de production. La Sica, c'est 240 M€ de chiffre d'affaires » qui bénéficient in fine, « en grande partie au tissu local », argumente le président, qui rappelle aussi l'attachement de l'entreprise à l'aménagement du territoire.
…et sans solution de repli
D'autres pistes ont été étudiées, « mais aucune n'était satisfaisante. Il n'y a pas de plan B », explique Jean-François Jacob. De plus, « le projet est bloqué par la loi littoral, mais la production étant en zone littorale, les plateformes ne pourront se trouver qu'en zone littorale. » Face « au désarroi dans lequel cette décision peut plonger la région », les responsables de la Sica en appellent « à la responsabilité de chacun. Les producteurs n'imaginent pas que les dépositaires du recours ne retirent pas leur plainte. » Ronan Lombard
Photo : Pierre Bihan-Poudec, président de la Sica et Jean-François Jacob, secrétaire général.