
« Stop ». Jacques Jaouen, président de la Chambre d’agriculture, a mis un coup d’arrêt au « rouleau compresseur » qui voulait déverser « d’en haut » une réglementation contraignante sur les 5 bassins algues vertes du Finistère. Pour le patron des paysans finistériens, ce « passage en force, où les principes de la concertation et de la co-construction ne sont pas respectés, revient à bafouer les paysans ».
Des projets bassin versant par bassin versant
À l’origine de cet arrêt des discussions avec l’administration, des mesures algues vertes qualifiées de « dogmatiques relevant avant tout du politiquement correct et trop souvent déconnectées des réalités agronomiques », juge le président, relevant au passage que « les financements sont dirigés bien souvent vers les services des collectivités et des bureaux d’études au détriment des actions des agriculteurs ». Et de résumer la demande de la profession : « Nous voulons des projets agricoles écrits par les agriculteurs, bassin versant par bassin versant. Et que l’essentiel des fonds (70 %) soient consacrés à l’action et non pas aux études qui aboutissent à l’élaboration de 200 pages comme c’est le cas, par exemple, pour le bassin versant de Douarnenez ». Cette résistance de la profession n’a semble-t-il pas été mal interprétée en haut lieu si l’on en croit le préfet, Pascal Mailhos, qui qualifie « de plus mauvaise des solutions » celle qui consisterait à prendre des mesures coercitives. « Si rien n’est fait, évidemment, l’Etat prendrait des mesures. Mais ce n’est pas ce que l’Etat souhaite ». Comment l’Etat ne pourrait-il pas avoir confiance en une profession qui a redoublé d’efforts environnementaux ces vingt dernières années. Avec des résultats visibles. « La Bretagne est l’une des seules régions européennes où l’on observe une amélioration nette et continue de la qualité des eaux superficielles », rappelle André Sergent, vice-président chargé du dossier environnement. Et de chiffrer le chemin parcouru en Finistère : « De 2004 à 2009, la quantité d’azote d’origine animale nette a baissé de 23 % si l’on tient compte de l’alimentation, des exportations et du traitement des effluents ».
Viabilité économique des exploitations
La profession ne manque pas non plus de rappeler le poids économique de l’agriculture et l’agroalimentaire pour étayer la pertinence de ses propositions. Non pas qu’elle veuille esquiver le débat mais parce qu’il s’agit d’un véritable enjeu économique pour la Bretagne. Un argument auquel le Gouvernement ne peut être que sensible en cette période d’incertitude économique jalonnée d’élections présidentielles. Pas plus tard que lundi, Jean-François Copé, porte-parole de l’UMP, citait à deux reprises l’agroalimentaire français comme un des piliers de l’économie. Des propos de concorde avec ceux de la profession agricole. « Les propositions de la Chambre d’agriculture visant à réduire les flux d’azote seront guidées par un principe fondateur : la viabilité économique des exploitations agricoles ». Pas question d’aller au-delà du soutenable prévient en tout cas Jacques Jaouen qui juge qu’afficher « 5 mg de nitrates par litre est une aberration ». Un message des plus clairs à l’adresse des « écolos » qui en veulent toujours plus (moins ?) et qui finissent par décourager le monde paysan qui se sent perpétuellement pointé du doigt. « Jusque dans les écoles », illustre François Palut, membre de la Chambre, qui brandit la copie d’un cours intitulé « Elevage et pollution » dispensé dans une collège de son secteur. Un parti pris de dénigrement de l’agriculture bretonne à la limite du grotesque qui choque Nicole Morizur, agricultrice chargée de la communication à la Chambre d’agriculture. « Je suis profondément blessée. Mais ce n’est pas une raison d’arrêter notre campagne “Découverte des métiers” qui a déjà touché 1 800 élèves ». Devise finistérienne : « War Zao Atao » (toujours debout)… Didier Le Du
Photo : À droite de Jacques Jaouen, Pascal Mailhos, préfet qui quitte le département après avoir assisté avec « assiduité aux sessions de la Chambre d’agriculture »
Un préfet de terrain
Quel préfet avant Pascal Mailhos peut-il se prévaloir d’une telle reconnaissance de la profession agricole finistérienne ? Peu. Comme il l’a lui-même rappelé, il avait reçu les premières félicitations agricoles en mars 2009… de la part de Thierry Merret. Depuis la fin des années 50, les préfets du Finistère étaient plus habitués à recevoir en cadeau du lisier et des légumes sous leurs fenêtres que de chaleureuses marques de reconnaissance de la FDSEA. Les temps changent…Mais pas seulement. Tout au long des 40 mois de représentation de l’Etat dans le département, Pascal Mailhos a d’abord été un homme de terrain, à l’écoute des acteurs économiques. Un préfet qui a plus particulièrement mis l’agriculture et l’agroalimentaire au cœur de ses préoccupations. Il ne se passait pratiquement pas une semaine sans que P. Mailhos ne mette les bottes pour arpenter les fermes des quatre coins du département pour rencontrer les paysans. « Un sens de l’écoute et une conviction à défendre l’économie » qui ont conduit Jacques Jaouen à réitérer les félicitations de la profession à ce représentant de l’Etat qui poursuit sa carrière en tant que préfet de la région Bourgogne.