
Les agriculteurs se sentent de plus en plus écartés des organes de décision, y compris à l'échelle du territoire. Une nouvelle gouvernance interfère sur le développement et sur les pratiques agricoles. A titre d'exemple, on peut citer les Sdage (schéma directeur de l'aménagement et de gestion des eaux) où la profession n'a que deux représentants sur 40 membres. Difficile d'y faire entendre la voix des agriculteurs qui pourtant occupent la majorité de l'espace rural. Les nouveaux schémas Climat Air Energie sont autant d'enjeux pour la profession. L'éolien et le photovoltaïque peuvent concurrencer le foncier agricole, déjà bien grignoté par l'urbanisation. La Charte de l'urbanisme existe ; elle a été signée par les décideurs. Son efficacité semble très relative. Les contraintes se précisent concernant l'obligation de diminuer les émissions de gaz (ammoniac, gaz à effet de serre). La gestion des zones humides ou le développement de l'irrigation sont également sources de difficultés. Les décisions, même sur les territoires, sont, de plus en plus, prises par des organismes ou associations extérieures au monde agricole. Surtout, la réglementation évolue régulièrement, créant une forme d'instabilité et d'insécurité pour les agriculteurs.
Les élus, alliés potentiels, aux abonnés absents
Comment peser sur les organes de décision ? « En étant présents », répond Jean-Paul Touzard, président de la commission territoire de la Chambre d'agriculture qui projette la création de « Groupes Agricultures et Territoires », au niveau local, articulés autour des groupes de développement agricoles existants (GVA, Bienvenue à la ferme, FDSEA-JA, Cuma). « Leur mission sera d'être l'interlocuteur agricole, d'initier, de négocier et d'accompagner les projets territoriaux ». L'initiative a été discutée en Session Chambre d'agriculture, mardi dernier à Vannes, et a fait réagir les représentants de la profession. « Les élus ruraux sont totalement absents des débats et notamment de la gestion du foncier », s'insurge Gaëtan Le Seyec, président du CRDA de Pontivy, qui dénonce la gourmandise des communautés d'agglomération. Gwenaël Corbel, président du syndicat mixte Sarre-Evel, renchérit : « Les décisions sont prises entre représentants du comité de bassin Loire Bretagne (ou commissions locales de l'eau) et les administratifs pour la gestion des eaux. Où sont les élus ? Nous devons leur expliquer les conséquences des décisions prises dans les Sages, notamment les conséquences économiques. Les élus sont nos seuls alliés potentiels ». Jean-Michel Choquet insiste sur la problématique de la gouvernance en milieu rural : « L 'autorisation d'exploiter d'un projet agricole a été refusé dans le Finistère au simple motif que le Parc Naturel d'Iroise s'y est opposé », rappelle-t-il. Les futurs Groupes Agricultures et Territoires ont du pain sur la planche. Bernard Laurent
Photo : Les débats ont été animés à la session de la Chambre d'agriculture. Gaëtan Le Seyec reproche aux élus locaux d'être absents des débats concernant la gestion du foncier.