
L'agriculture est la principale émettrice d'ammoniac (97 % des émissions). La production bovine en est responsable à plus de 60 %. Pauvres vaches, déjà accusées de réchauffer le climat par leurs émissions de méthane. Elles devront réguler leurs émissions d'ammoniac, d'ici 2020. Porcs et volailles, plus faibles contributeurs, sont, paradoxalement, déjà dans l'oeil du cyclone. On parle d'un seuil de 25 % d'émissions en moins à l'horizon 2020. La règlementation fixe un plafond de quantité d'ammoniac émis dans chaque pays, revu tous les 10 ans (735 kilotonnes émis par an en France en 2010). Plus sensibilisés par cette problématique que la France, les Pays-Bas ont déjà bien avancé sur le sujet. « Nous travaillons à la fois sur la conception (ou l'aménagement) des bâtiments et sur l'alimentation », précise Hilko Ellen, chercheur hollandais, intervenant au forum technique DSM, à Saint Malo, la semaine dernière.
Circuits d'eau sous la partie gisoir
Actuellement, la législation hollandaise impose la couverture des fosses, l'enfouissage des lisier au champ et une distance entre les porcheries et les habitations dépendant du volume d'émissions d'odeurs. Il leur faudra affiner les techniques. La réduction de la surface de contact entre le lisier et l'air est souhaitable pour éviter la volatilisation des composés comme l'ammoniac. La réintroduction évoquée du caillebotis partiel en engraissement (partie gisoir), semble aller dans ce sens (préfosse plus étroite ; moins de contact entre l'air et le lisier). Néanmoins, elle pose d'autres problèmes tels que la propreté des sols et des animaux qui ne font pas la distinction entre les deux zones (couchage et caillebotis). Les études de l'Ifip démontrent même une plus grande émission d'ammoniac avec les caillebotis partiels car les déjections restent sur la partie pleine. Pour pallier cet inconvénient, les Hollandais font des essais en plaçant des circuits d'eau sous la partie gisoir pour rafraichir le sol en été et le réchauffer en hiver. Le but est de faire en sorte que les porcs s'y sentent toujours bien et se soulagent sur la partie caillebotis.
Lavage chimique
Autres solutions envisagées aux Pays-Bas : la disposition de ballons flottants dans la préfosse. « Ils limitent le contact entre le lisier et l'air car les déjections glissent sous les ballons et ne restent pas en surface ». La séparation des phases liquides et solides des effluents par raclage permet de réduire les émissions de 64 % pour l'ammoniac et de 20 % pour les odeurs. Enfin, le lavage de l'air est efficace. « Le lavage par des moyens chimiques entraîne une réduction de 70 à 95 % de l'ammoniac et de 30 % des odeurs. Le lavage biologique est moins efficace sur l'ammoniac (70 % de réduction) et plus efficace sur les odeurs (40 %) ». Ces procédés nécessitent des investissements, parfois importants. « Les petits élevages auront des problèmes pour respecter les normes », avoue Hilko Ellen .
Baisse de la protéine dans l'aliment
Les solutions les moins coûteuses pour les éleveurs pourraient provenir de l'alimentation. « La réduction du taux de protéine (jusqu'à 12 %) avec, en compensation, une supplémentation en acides aminés essentiels, permet de maintenir les performances zootechniques tout en réduisant fortement les émissions ». L'ajout de fibres et de sels de calcium dans la ration a pour conséquence de baisser le Ph dans l'estomac, entraînant une réduction des émissions d'ammoniac. « On peut envisager une réduction de 70 % des émissions à court terme sans effets négatifs sur la santé et les performances des animaux, par le biais de l'alimentation », rassure le spécialiste. La filière le souhaite, la voie alimentaire permettrait d'éviter de nouveaux investissements improductifs. Bernard Laurent
Photo : L'évacuation des lisiers frais (ici un engraissement en construction avec raclage en « v ») est une solution pour diminuer les émissions d'ammoniac. La voie alimentaire permettrait d'éviter les investissements.