
Les modèles laitiers du nord de l’Union Européenne ont été examinés à la loupe par l’Institut de l’élevage dans une étude présentée par Christophe Perrot, dans le cadre de la journée économique du Cniel (interprofession laitière). Les Pays-Bas, l’Irlande, la France, le Danemark et l’Allemagne ont tous enregistré, du fait de la volatilité des prix, « des résultats pour le revenu agricole des exploitations laitières 2009 très faibles ou inhabituels ». Dans aucun de ces pays, les exploitations laitières seraient viables aux conditions de 2009, année de crise laitière. Dans le même temps, les évolutions du revenu des éleveurs laitiers sur la période 2005-2010 sont extrêmement disparates. À noter notamment que la France et l’Allemagne présentent des évolutions différentes alors « que leur système de production était pratiquement équivalent depuis 2003 ». Ces tendances résultent des facteurs prix du lait, coûts de production, productivité notamment liée au travail.
Des modèles laitiers spécifiques
Le point « mort » est le prix du lait à partir duquel la main d’oeuvre familiale commence à être rémunératrice, a expliqué Christophe Perrot. Au Danemark, en 2009, il fallait dépasser les 410 €/1 000 L en prix du lait pour espérer se rémunérer. En moyenne sur 2005-2010, le Danemark est toujours en tête d’affiche avec un point mort à 317 €/1 000 L, suivi par les Pays-Bas à 240 €/1 000 L, l’Allemagne à 202 €/1 000 L et la France qui affiche 213 €/1 000 L (Cf. tableau). L’Irlande est en bas de tableau avec un point de mort de 143 €/1 000 L. Ces « points morts » sont révélateurs des « modèles laitiers » pratiqués par ces pays. Ainsi, l’Irlande pratique un système « low cost » basé sur le pâturage sans complémentation. Le Danemark bénéficie de process de production et d’installations les plus modernes. Les Pays-Bas affichent une « rentabilité inégalée de la production laitière avec une hyperspécialisation des exploitations et des tâches ».
Productivité du travail
Dans le match laitier qui oppose la France et l’Allemagne, « on ne peut pas évoquer un handicap de compétitivité de la France », souligne l’étude. Les discordances constatées entre la France et l’Allemagne au chapitre du revenu agricole peuvent notamment s’expliquer en 2009 par deux politiques des gestions des volumes opposées. En France, l’orientation choisie a été de diminuer les volumes produits en 2009 après une période d’augmentation de la production. En Allemagne, l’option choisie a été de compenser un faible prix du lait par une hausse du volume produit. « Les écarts les plus forts entre les pays sont liés à la productivité du travail », conclut Christophe Perrot. La France a un niveau de productivité de travail qui pèse sur les niveaux de rémunération mais des gains potentiels sont possibles.
Photo : La différence du revenu laitier entre la France et l’Allemagne s’explique par la différence de politique de gestion des volumes.