Située entre une zone habitée et la mer, le Gaec du Lirey, producteur de lait et de céréales sur 150 hectares, a toujours été confronté aux enjeux environnementaux. C'est l'une des raisons de leur engagement dans un réseau de 11 fermes pilotes bretonnes qui mettent en place des observatoires de la biodiversité. L'objectif est d'en tirer des enseignements positifs, susceptibles de faire évoluer les pratiques et, au final, d'allier protection de la biodiversité et rendements économiques.
Bandes enherbées dans les cultures
La mesure la plus novatrice consiste à semer des bandes enherbées de 3 mètres, non fauchées, pour diviser les parcelles de cultures. « Nous souhaitons favoriser le développement des prédateurs des ravageurs. Et, au final, utiliser moins de produits phytosanitaires », précise Lionel Cario, associé à son frère en Gaec. Quatre kilomètres de haies vont être implantées et complèteront le maillage des 8 kilomètres existants. « C'est un investissement important, avec peu d'aides, mais les haies constituent une bonne protection et une perspective intéressante de vente de bois future ». Le Gaec travaille en technique culturale simplifiée. « Nous réalisons seulement un labour pour le retournement des vieilles prairies ». Des couverts végétaux sont implantés depuis une quinzaine d'années. L'avoine et les mélanges (avoine-vesse) sont privilégiés et pâturés par les animaux. Des essais seront réalisés avec différentes espèces pour évaluer leur impact sur la biodiversité.
Évaluer les populations de carabes
« Les 11 fermes du réseau sont des lieux de diagnostic de la capacité d'accueil des auxiliaires des cultures », indique Stéphane Basck, de la fédération des chasseurs. Au Gaec de Lirey, des observatoires de la biodiversité ont été installés à divers endroits, sur l'exploitation : plaques à carabes (espèce emblématique se nourrissant de larves ou d'oeufs de taupins, de pucerons ou de limaces, jusqu'à 70 mètres de leur abri, dans les parcelles) ou nichoirs à abeilles sauvages (l'une des 900 espèces de pollinisateurs en France). Des actions de comptage et de reconnaissance des espèces de papillons et de vers de terre seront, par exemple, réalisées. « Il faudra ensuite définir des actions partagées et accessibles aux agriculteurs pour améliorer cette capacité d'accueil ». Aucune action préconisée qui ne puisse nuire aux rendements, bien au contraire. « Le travail commun entre agriculteurs et chasseurs doit servir de base aux réponses agricoles concrètes à apporter en vue de la création du réseau écologique (Trame verte et bleue, issue du Grenelle) », justifie Laurent Kerlir, président de la FRSEA, partenaire du projet. « Les données fournies par Agrifaune vont aider à déterminer les pratiques susceptibles de garantir un développement durable des exploitations, au niveau économique, social et environnemental. Elles doivent nous permette de proposer des alternatives à une « mise sous cloche » d'espaces naturels ». Prendre les devants, en quelque sorte, pour ne pas se laisser dicter des mesures contraignantes et contre productives. Bernard Laurent