
Le marché des matières premières agricoles se mesure à l’aune du village planétaire. La récession qui pointe son nez aussi bien dans l’U.E qu’aux USA sera-t-elle suffisante pour faire reculer un peu plus le prix des céréales, du soja ou du sucre ? La réponse est loin d’être évidente, car finalement tout dépendra de la demande de la Chine et du protectionnisme des autres pays émergents en proie à une inflation alimentaire galopante.
Des stocks intouchables
On pourrait croire que le recul des cotations des céréales, observé sur les marchés à terme en septembre, était le fait d’une amélioration des fondamentaux agricoles. Bien sûr, on a miraculeusement retrouvé des stocks de maïs aux USA et la production de blé de la CEI est excellente cette saison. Mais si les stocks de report de blé 11/12 sont affichés à 202 Mt au niveau mondial (un plus haut depuis 10 ans), ça n’est pas une fin en soit. Le ratio stocks/utilisation mondial a beau être d’environ 29 %, c'est-à-dire loin du seuil critique de 18 % défini par la FAO, le chiffre ne présume pas des réelles disponibilités à mettre au marché. En effet, contrairement à 01/02, 39 % des stocks seront localisés en Chine et en Inde cette saison... Autant dire que ces tonnages ne connaîtront jamais les cales de navires.
Mais une demande mathématiquement en hausse
L’Inde, notamment, qu’on espérait au marché en première partie de campagne, ne semble pas vouloir s’en débarrasser aussi facilement. Quand à la Chine, elle vient de révéler qu’elle avait acheté du blé en Australie, une première depuis 7 ans. En ce qui concerne les céréales d’origine Mer Noire, les ventes restent quant à elles, liées à des décisions politiques difficiles à anticiper (évolution des taxes en Ukraine et en Russie) et à des défis logistiques à relever (Kazakhstan). Au final, la vraie raison pour qu’une stagnation, voir un recul significatif et durable des prix agricoles s’installe, c’est que la croissance mondiale tombe au-dessous de 3,5 % en 2012. Cela ne gèlerait pas la consommation, mais ralentirait sa progression, permettant aux productions (en dehors de tous les problèmes climatiques) de mieux s’ajuster à la demande.
Malgré tout, en période de récession, la demande en produits agricoles est assez inélastique contrairement aux matières premières énergétiques et industrielles. Car quoiqu’il arrive, il faut bien continuer à nourrir une population de plus en plus nombreuse, notamment avec des produits de première nécessité (huile, céréales, sucre)... c’est mathématique.
Une financiarisation parasite
Reste que la financiarisation à outrance des commodités agricoles (matières premières de base) a introduit un biais certain dans le système. Comme le blé et le maïs sont très liés aux autres actifs (énergie, métaux, devises, etc.), ils sont obligatoirement impactés quand les spéculateurs s’affolent et désertent le marché. Fin septembre, lorsque les marchés américains ont compris que la distribution d’argent gratuit (taux zéro) par la banque centrale américaine prenait fin, ils ont soldé les contrats gagnants (agriculture) pour éponger les pertes subies sur les actifs financiers. La liquidation spéculative a été aussi forte mais beaucoup plus violente qu’en 2008. À l’époque, cela avait pris trois mois pour solder les comptes, cette fois, à peine trois semaines.
Mais une bonne résistance des cotations
Mais les prix des céréales, du soja ou du sucre ont été loin de dévisser à la hauteur de ce dégraissage. On peut même dire que les cotations ont vaillamment résisté, fortes de bilans tendus qui entraînaient rapidement le rachat des contrats par les consommateurs. Les Chinois par exemple, se sont systématiquement portés aux achats de maïs à chaque fois que la cotation passait sous les 6.5 $/boisseau sur le marché de Chicago. Ce prix est largement attractif vu les stocks mondiaux exsangues de la céréale, poussés par les feux des agro-carburants aux USA et en Chine. Désormais, le potentiel baissier que représente la spéculation est donc nettement plus limité qu’il y a deux mois. Il suffirait de quelques nouvelles alarmistes coté météo, ou d’une montée en puissance des achats chinois, pour redonner un peu de soutien aux prix. Ce qui n’est jamais exclu ! En conclusion, vu les bilans mondiaux tendus en oléagineux et céréales fourragères, l’établissement d’un prix plancher pour ces produits, au dessus de la moyenne décennale, serait logique même en cas de forte récession. Patricia Le Cadre / Vigie Matières Premières
Un pétrole régulé ?
On peut imaginer que si une récession sévère se met en place, le pétrole ne décrochera pas comme en 2008. Non seulement les stocks sont moins importants qu’à l’époque, mais les pays membres de l’Opep devraient manipuler avec dextérité le robinet de l’offre dans les mois à venir. Car pour calmer les tensions sociales issues du printemps arabe, la manne pétrolière s’avère essentielle. La rentabilité de la filière éthanol semble donc avoir encore de beaux jours
devant elle.