
La question de la compétitivité des filières agroalimentaires n’est pas nouvelle. Les filières françaises des viandes blanches, après une croissance rapide dans les années 80, ont ensuite connu de longues périodes de prix bas pour le porc et des pertes des marchés européens pour la volaille. Dans l’Hexagone, les filières semblent ne plus aller de l’avant, la concentration industrielle et financière n'a pas favorisé l’émergence de groupes transnationaux, à l’instar de ce que l’on constate ailleurs dans le Nord de l'Europe. Dans ce contexte FranceAgriMer a présenté une étude des filières françaises des viandes blanches et de leurs perspectives, en s'appuyant notamment sur les différents travaux menés depuis 2010 et qui confirment le constat.
Main d'œuvre, TVA et alimentation
Par exemple, en octobre 2010, un rapport du ministère de l'agriculture chiffrait à 20 %, le recul de la production de volaille de chair française entre 2001 et 2009, pendant que la filière allemande réalisait + 38 % sur la période, bien loin du + 53 % brésilien. Tous les travaux s'accordent également à présenter le différentiel de coût de production lié à la main d'œuvre, la TVA et l'alimentation, notamment avec l'Allemagne, comme principale explication de ces dynamiques.
Pour FranceAgriMer, chacun des écarts de compétitivité pris individuellement ne représente pas un handicap insurmontable. Mais la somme de ces écarts tend à le devenir pour des filières qui sont aussi face à un environnement défavorable au modèle dit de « l'élevage intensif », moins soutenu par les pouvoirs publics que par le passé et rencontrant une opposition citoyenne très active.
De la confrontation à la collaboration entre les acteurs
FranceAgriMer observe aussi un blocage des filières françaises qui peinent à s'adapter rapidement aux nouvelles donnes économiques. Par exemple, elles sont moins engagées vers la standardisation de leurs produits, une stratégie pourtant source de simplicité et de prix bas, cohérente avec un contexte de crise. En cause notamment, « le manque de coopération entre les acteurs des filières françaises », ou encore le cercle vicieux du découragement des opérateurs, explique l'établissement public. « L'intérêt des leaders nationaux n'est pas non plus d'aller se mesurer aux acteurs les plus agressifs du marché mondial », constate FranceAgriMer qui pose la question des perspectives d'une stratégie nationale : « la pénétration croissante sur le marché français de porcs et de poulets venant d’autres pays de l’UE montre que les entreprises étrangères sont en mesure d’offrir des prix et des services propres à séduire les acheteurs français. Dans ces conditions, une stratégie "régionale" conduirait à une perte de parts du marché français. » Pour autant, le document se veut rassurant car « il demeure assez d’atouts pour que la filière française puisse faire face. La situation est grave mais pas désespérée : en 2010-2011, le prix de revient du porc ou du poulet français reste comparable à celui des pays européens les mieux placés, et les savoir-faire existent à tous les stades de la filière. » La question est davantage celle de la définition d’une politique nationale qui ne peut se faire isolément. Associations environnementales, industrie, production, syndicats, distribution et pouvoirs publics doivent poser les problèmes de manière concertée, afin de redéfinir les bases d’un consensus sur le plan environnemental et fixer des objectifs économiques et sociaux tenables dans le contexte actuel.
Photo : Les filières françaises de viandes blanches sont moins engagées vers la standardisation de leurs produits.