
Le bois, qu'il soit utilisé sous forme de bûches ou déchiqueté, ne manque pas d'atouts pour subvenir aux besoins énergétiques, sur les exploitations plus qu'ailleurs, car plus la ressource est locale, moins elle est coûteuse. Au Gaec de la Sageais à Baguer Morvan, l'autoconsommation est depuis longtemps appliquée pour le chauffage de la maison : « Pendant trente ans, une chaudière bois bûche a été utilisée », relate Gilles Lebret qui vient d'élargir l'utilisation de cette ressource à son élevage de porcs (900 places d'engraissement). Une porte ouverte était organisée par Aile sur l'exploitation le 20 octobre, dans le cadre du Plan Bois Energie Bretagne (PBE).
Eau chauffée à 60 - 70°C
Lancée en février 2011, la chaudière à alimentation automatique (marque Froling), d'une puissance de 85 kW, va brûler environ 150 m3/an de plaquettes de bois issues exclusivement du bocage de l'exploitation. L'eau chaude arrive dans la maison à une température de 60-65°C et dans l'élevage à 65-70°C. Le chauffage se fait via des aérothermes dans les salles de post-sevrage (objectif de 28°C), de préengraissement (25°C) et la moitié de l'engraissement (23-24°C).
Ne disposant pas encore d'éléments chiffrés de comparaison avec l'ancien système (radiant électrique en PS), l'éleveur pressent cependant des gains techniques. « L'ambiance est plus saine, on ventile plus. » L'économie d'électricité se situe autour de 3 500 euros/an, alors que l'investissement atteint 80 000 euros (45 000 euros de chaudière, 15 000 euros d'aménagement de porcherie, 20 000 euros pour la construction du bâtiment chaufferie), dont sont déduits 13 830 euros de subventions (PBE) et la part de la main d'oeuvre familiale. Au final, le producteur a dû financer 51 000 euros, avec un retour sur investissement estimé à 10 ans, sachant que la durée de vie de ce type d'équipement est d'une vingtaine d'années.
Le bois utilisé dans la chaudière provient de l'élagage des haies et talus, réalisé en partie par l'exploitant. « Au-delà de 5 m de hauteur, je fais appel à une ETA, mais ce n'est pas fait tous les ans », précise Gilles Lebret. Une autre ETA s'occupe du déchiquetage du bois en mars. « Les plaquettes sont stockées dans le bâtiment près de la chaudière, et ne bougent plus pendant plusieurs mois pour permettre d'abaisser le taux d'humidité : clé de la réussite de ce mode de chauffage », précise le technicien d'Asserva (installateur de la chaudière). Des réglages sont par ailleurs indispensables.
D'une contenance d'environ 20 m3, le silo de stockage est rempli une fois par mois au godet. Une vis sans fin, située sous le tas, permet l'alimentation automatique de la chaudière. Reste juste à vider le cendrier une fois par semaine. Un plan de gestion du bocage a été réalisé sur l'exploitation pour évaluer l'accroissement moyen annuel de bois. A l'avenir, une deuxième maison du hameau pourrait être raccordée à la chaudière.
Agnès Cussonneau
Une filière bois énergie sur le Pays de Saint-Malo
S'appuyant sur la démarche du Pays de Dinan, le Pays de Saint-Malo souhaite créer une filière bois énergie sur son territoire. La priorité des élus est d'alimenter les chaudières avec des ressources locales. Le Scic Energies renouvelables du Pays de Rance a réalisé une première estimation de la ressource bois et a rencontré les acteurs intéressés. Un comité de pilotage élargi doit être mis en place. Des aides sur les chaufferies existent via le PBE.
Légende photo : « L'économie d'électricité se situe autour de 3 500 euros/an », précise Gilles Lebret.