
Finie l’expérimentation. Aujourd’hui, le chauffage au bois plaquettes a quelques années de recul. Les techniques de broyage se sont améliorées. Les chaudières ont évolué vers plus de fiabilité et d’autonomie.
Fabien et Pierre Quéré, agriculteurs à Leuhan, ont fait le choix de valoriser le bois de l’exploitation par le chauffage de leurs habitations respectives. Pour des raisons économiques, mais aussi parce que la ressource est présente en quantité sur les talus de l’exploitation.
40 ans de réserve
Pour approcher le volume de bois disponible sur les 20 km de talus et 29 km de linéaire de bordure de la ferme, les agriculteurs ont fait réaliser un bilan bocage. Alain Coïc, conseiller forestier à la Chambre d’agriculture, a évalué la ressource disponible à 5 671 MAP (m3 apparents plaquettes). De quoi fournir de l’énergie pour plus de 40 années pour les deux habitations. Pousse annuelle non comprise. Aujourd’hui, même les réserves pétrolières mondiales peuvent à peine se prévaloir d’une telle réserve ; et en plus perpétuellement renouvelable !
Cette évaluation bocagère a également mis des chiffres économiques sur la ressource. « Le produit de la valorisation du bois de chauffage est estimé à 11 343 €/an pour cette exploitation. En face de quoi il convient de mettre des charges d’entretien de 7 787 €/an. Soit un revenu potentiel de 3 556 €/an », explique A. Coïc.
Pour leur part, ces agriculteurs de Leuhan calculent le coût direct de l’énergie en prenant en compte la main-d’œuvre pour abattre le bois et le coût de broyage. « L’entrepreneur a mis deux heures et demie pour broyer la production pour plus d’une année de chauffage. Coût total : 600 €, soit 20 € la tonne pour le broyage », chiffrent-ils. Soit pour une consommation annuelle de 40 à 60 m3 (1 tonne = 4 m3 apparents), 300 à 400 € de combustible pour alimenter leur chaudière d’une puissance de 25 kwh.
Reste que le prix d’une chaudière à plaquettes représente un surcoût à l’investissement. « Il faut compter 25 000 € tout compris », chiffre Didier Atger, représentant de la marque Lindner&Sommerauer. Et de préciser que le crédit d’impôt sur les chaudières était encore de 40 % ces derniers mois (plafond : 16 000 € + 400 € par personne à charge sur la partie matériel). À noter aussi que dans le cadre du plan bois énergie, le département et la Région attribuent une aide soumise à condition de 1 500 à 2 000 € aux agriculteurs qui s’engagent à valoriser la ressource de bois.
Pour sa part, Fabien Quéré a réalisé une réserve d’une trentaine de m3 à proximité immédiate de sa chaudière. Soit un stock équivalant à 6 mois de consommation. « Le chargement se fait au godet du tracteur ». La reprise est effectuée par une vis transporteuse de section rectangulaire : « La moins sensible au risque de bouchage », précisent les spécialistes qui préconisent également les cellules carrées pour le stockage. « Cette conception évite le tassage des plaquettes. Le système d’extraction est moins mis à l’épreuve ».
Didier Le Du
Une ressource peu coûteuse
Un litre de fioul consommé pour le broyage se traduit par une économie de 80 litres de l'autre côté. À titre comparatif, l’énergie fioul revient à 8 ct d’euro/ kWh ; le bois bûche à 2-3 ct/ kWh ; la plaquette à 1,5 ct/ kWh dont seulement 0,1 ct/ kWh pour le broyage.
Par rapport à la valorisation en bois bûche, les plaquettes permettent de récupérer 40 % de bois en plus puisque tous les bouts de petit diamètre sont récoltés.
En 4-6 mois, les plaquettes stockées sous abri ventilé et sur dalle de ciment passent de 45 % à 25 % d'humidité. Elles offrent alors un bon pouvoir calorifique.
Aujourd’hui, les chaudières à plaquettes offrent des rendements de 92-93 %.
Plan bois énergie Bretagne
Le Plan bois énergie Bretagne (2007-2013) est un programme régional qui a pour objectif de développer la filière bois énergie. Le choix d’aider l’installation de chaudières automatiques à bois déchiqueté pour l’usage domestique des agriculteurs rejoint les préoccupations liées à l’entretien du bocage.
Les subventions aux installations individuelles, qui bénéficient par ailleurs du crédit d’impôt, sont limitées aux exploitants agricoles qui auto approvisionnent leur chaudière pour plus de 50% du tonnage.
Public visé : particuliers agriculteurs pour une utilisation domestique de la chaleur.
Matériel concerné : installation des chaudières bois à alimentation automatique petite puissance destinées à chauffer un ou plusieurs bâtiments ou maison d’habitation dont l’habitation principale. La marque de chaudière choisie devra respecter les engagements du Plan Bois énergie Bretagne et figurer sur la liste diffusée par Aile.
Subvention : montant forfaitaire :
- 1 500 € : maison seule
- 2 000 € : maison seule avec réseau de chaleur enterré
- 2 500 € : plusieurs maisons avec réseau de chaleur enterré
Subvention attribuée en complément du crédit d’impôt de 25%, portant sur la partie de l’installation non éligible au crédit d’impôt.
Financeurs : Conseil régional, Conseil général.
Légende photo : Lors de la porte ouverte, l’entreprise Adel Services, de Plonéour-Lanvern, a réalisé une démonstration de broyage.