
Pas facile d'arriver sur la ferme appartenant au père de son mari, de faire sa place dans un Gaec familial déjà bien établi, d'avoir des beaux-parents qui habitent à 50 mètres... D'un autre côté, ils sont souvent là pour donner des coups de main, pour garder les enfants et possèdent des connaissances qui peuvent aider... Ce sont toutes les difficultés, mais aussi les richesses des relations intergénérationnelles qu'ont souhaité aborder les responsables du groupe « Agriculture au féminin », lors d'une journée d'échanges, le 18 octobre à Noyal/Vilaine.
Difficile remise en cause des savoirs
Le thème était introduit de façon humoristique, sous forme de théâtre-miroir, dans lequel deux comédiens jouaient des scènes de la vie quotidienne où chacun pouvait se retrouver. La belle-mère envahisseuse était à peine caricaturée pour certaines agricultrices présentes, avec « les lampadaires qui ne doivent pas être enlevés dans la maison de la ferme. » Idem pour le père qui continue à labourer les champs, alors que le couple a décidé de passer en TCS... « On leur demande de remettre en cause des pratiques qu'ils ont adopté pendant longtemps, leurs savoir-faire..., ce n'est pas simple pour eux. Et ils veulent se rendre utiles », relativise une productrice. Une autre souligne l'importance de la valeur patrimoniale sur les exploitations. Les conflits au sein du couple étaient aussi dépeints, notamment au travers du dîner qui vire à la réunion professionnelle. Souvent difficile également, le regard des copains des enfants sur le métier d'agriculteur. « C'est à cause de vous qu'il n'y a plus de sanglier », accuse l'enfant joué par un comédien.
Plus facile avec les jeunes
Mais c'est aussi de la jeune génération que des solutions émergent. « Quand ils viennent visiter la ferme, les enfants sont la plupart du temps très contents de voir les animaux. Ils s'étonnent de la modernité des exploitations », témoignent plusieurs productrices. Et pour dénouer les conflits intergénérationnels, les petits-enfants ont un rôle de poids. « Ils parlent sans tabous aux grands-parents. Et ces derniers les écoutent et les valorisent davantage que leurs propres enfants. » Question de génération. « Les aînés sont soucieux de notre réussite, nous devons trouver le bon équilibre. Parfois, il faut savoir s'imposer, faire sa place, en complémentarité du travail des hommes », concluent les agricultrices. Agnès Cussonneau
Photo : Près d'une centaine de femmes (et un homme) ont partagé leurs expériences lors de la journée « Comment bien vivre l'intergénération en agriculture ».
Les mauvaises relations professionnelles : facteur de stress
Une enquête menée par la MSA des Portes de Bretagne en 2010 a permis de déterminer les facteurs de stress au travail en agriculture. La pression par rapport à la trésorerie, la surcharge de travail sans récompenses financières ou estime de l'extérieur, mais aussi les mauvaises relations professionnelles émergent. Les personnes interrogées sur ce dernier thème mettent en avant le manque de soutien, de reconnaissance par les collaborateurs, ou encore le non partage des décisions. « Cela génère un sentiment de frustration et cela freine l'exploitation », précise Céline Le Gal, conseillère en prévention des risques professionnels à la MSA. Des actions sont conduites pour remédier à ce type de difficultés : journées des sensibilisation, entretiens d'aide...