
USA, Europe, Asie, Afrique, le développement des agrocarburants impacte tous les continents. Du maïs au manioc, de la canne à sucre au palme en passant par le colza ou le soja, les besoins en énergie renouvelable et la conquête d’une certaine indépendance énergétique, contribuent à déstabiliser de nombreux bilans offre/demande. S’ils entraînent une plus grande volatilité des prix, ces agro-carburants représentaient pourtant en 2010, moins de 3 % de l’ensemble des énergies destinées aux transports routiers mondiaux...
2012 sous de moins bons auspices
Deux grandes familles de produits se partagent le marché. L’éthanol est largement dominant (86 Milliards de litres). Il est produit à 57 % par les USA (base maïs) et à 33 % par le Brésil (base canne à sucre). Le biodiesel arrive loin derrière avec 19 Mds de litres. Il est essentiellement produit par l’Europe (53 %), notamment à partir de l’huile de colza. Mais l’Amérique du Sud, forte de son soja, grignote du terrain chaque année. L’an dernier, la production des agro-carburants a augmenté de 17 % pour atteindre selon le Worldwatch Institute, le record de 105 milliards de litres. Prix élevé du pétrole, rebond économique, évolution de la réglementation dans de nombreux pays sont autant d’explications à cette accélération. Mais 2012 s’annonce sous de moins bons auspices. Il faut en effet comprendre que la demande est avant tout politique, et que sans aides financières, la production d’éthanol ou de biodiesel ne serait pas viable. Face à la récession économique qui pointe, on peut donc se demander si les gouvernements ne vont pas réduire la voilure, histoire de faire de substantielles économies. Un geste qui serait politiquement très correct face à la montée au créneau de nombreux instituts internationaux exigeant des nations les plus puissantes qu’elles cessent de subventionner cette activité controversée aussi bien au niveau environnemental que sociétal. Détourner les céréales ou les oléagineux de leur fonction première, devient en effet choquant en ces temps d’inflation alimentaire. En 10/11, les débouchés industriels du maïs ont atteint 41 % au niveau mondial contre 31 % en 2005/06. Aux USA, le maïs entre désormais majoritairement dans la production d’éthanol, reléguant l’alimentation animale au second plan. Une situation qui entraîne le ratio stocks/consommation 11/12 proche du seuil fatidique des 5 % et des cotations élevées sur le Chicago Mercantile
Exchange.
Subventions remises en cause
Dans les mois à venir, une évolution réglementaire remettant en cause certaines subventions, pourrait apporter un peu d’air au bilan américain. Mais rien n’est gagné, car le lobby industriel, soucieux de saturer ces outils, veille au grain. De plus, le taux d’incorporation obligatoire de l’éthanol dans l’essence n’est pas remis en question. Il faudra donc continuer à produire ...ou importer. En général, le Brésil approvisionne le marché US. Mais aujourd’hui, les flux se sont inversés entre les deux pays. En effet, il est plus rentable pour les Brésiliens, de produire du sucre dont le prix a flambé que de transformer la canne en éthanol. Dilma Rousseff, la nouvelle présidente, a abaissé le taux de mélange obligatoire pour détendre les cours et limiter les importations, mais cela ne pourra pas renverser la vapeur très rapidement. Le cours du maïs est donc lié à celui du sucre, mais aussi à celui du pétrole. Si ce dernier reste cher, la rentabilité de l’éthanol sera moins remise en question en cas de baisse des subventions. Au-delà des Etats-Unis, il convient aussi de prêter attention à ce qui se passe en Chine. Pour diverses raisons, le gouvernement a choisi d’encourager et donc de financer l’éthanol majoritairement produit à partir du maïs. L’objectif officiel est d’atteindre 15 % de la consommation des transports terrestres en 2020 avec les agro-carburants. Cela opère d’ores et déjà une ponction dans les stocks qui pourrait réserver quelques surprises dans les années à venir. Déjà, cette saison 11/12 s’annonce comme un tournant dans les importations chinoises, en nette hausse. Patricia Le Cadre / Vigie - Matières Premières
Photo : L’éthanol est le premier biocarburant. Il est produit à base de canne à sucre au Brésil ( photo) et de maïs aux USA.
Des importations incontournables pour l’union européenne
La politique mise en place par la Commission Européenne n’est atteignable que par le recours à des importations (graines, huiles, biodiesel, éthanol, etc.) car les terres disponibles ne sont pas suffisantes face aux objectifs. Ainsi, lorsque la production d’oléagineux recule comme c’est le cas cette saison (rapport de prix avec les céréales, conditions climatiques),
le recours aux alternatives est d’autant plus criant. C’est donc la capacité à trouver des solutions de remplacement pour l’approvisionnement des usines (trituration, estérification) qui fera le prix de la graine de colza cette saison.