
Doit-on créer un abattoir de proximité dans le Morbihan ? C’est une question qui a été posée à la dernière session de la Chambre d’agriculture où était présentée une étude sur les viandes de proximité. « Il faudra répondre à la demande exprimée par les 162 producteurs de viande bovine dont les produits sont commercialisés en circuit court (vente directe, boucherie) », indiquait Yves Le Gourrierec, président de la Chambre. Ces derniers se plaignent de l’éloignement des outils d’abattage et de la perte de temps et du coût de transport induit. Ils dénoncent également les coûts de transformation élevés chez les prestataires et les délais chez les bouchers de campagne, dont la pérennité n’est pas assurée. « Il faudra également satisfaire les besoins des éleveurs pour l’autoconsommation et les abattages d’urgence. » L’enjeu consiste aussi à répondre à la demande des consommateurs en viandes locales et aux besoins de la restauration en collectivités.
Le président reste cependant prudent et fait remarquer que les volumes sont faibles : 340 tonnes commercialisées par an en circuit court, soit 1,4 % de la production départementale (972 bovins). « Il ne faut pas non plus que ce soit perçu comme une concurrence à une filière qui fonctionne et dont nous avons besoin. » Le travail de réflexion sur l’utilité et
le financement d’un projet d’outil d’abattage et de transformation doit se poursuivre, selon lui.
Ne pas combler un futur déficit
Yves Bleunven, conseiller général, interrogé sur le sujet, n’a pas eu la langue de bois devant les élus de la Chambre d’agriculture. « Le Conseil général n’a pas vocation à financer le déficit d’exploitation du futur abattoir de Sérent », a t-il déclaré en précisant que le projet prévoit un début d’équilibre en 5ème année de fonctionnement. « Seule, la découpe permet de donner un espoir de pérennité à l’outil. » L’abattoir multi-espèces serait dimensionné pour traiter 1000 tonnes par an environ et 150 tonnes de découpe. Le financement est loin d’être acquis. L’investissement est de 2,3 millions d’euros. (900 000 euros d’emprunt, 600 000 euros de subventions, 550 000 euros à la charge des collectivités et 150 000 à la charge des professionnels : producteurs et bouchers). « Sur le montant total des subventions, le Conseil général apporte 180 000 euros et la Région 120 000. Qui apportera les 300 000 euros restants ? Sur la part financée par la société d’économie mixte (collectivités et professionnels), 80% revient aux communautés de communes, dont certaines conditionnent leur participation à l’engagement, non acquis, des autres partenaires, et 20% aux professionnels. Il y a un réel déséquilibre. »
Gare à l’effet mode
L’élu enfonce le clou : « les circuits courts sont à la mode, mais dès qu’il faut mettre des chiffres, c’est plus compliqué », faisant référence à la logistique spécifique nécessaire à l’approvisionnement local. Aux outils surdimensionnés, il préfère la création de petites structures, aménagées et financées par de l’argent public, telles que de petites halles, par exemple, pour encourager la vente directe. Face à l’insistance de certains élus, Alain Guihard, pour la FDSEA ou Jean-Louis Le Normand, pour la Confédération Paysanne, lui rappelant qu’un tiers des jeunes installés prévoit désormais une vente en circuits courts, Yves Bleunven a réitéré ses réserves sur la création d’un abattoir de proximité à Sérent en se montrant toutefois disposé à en reparler. Bernard Laurent
Photo : Yves Le Gourrierec, président de la Chambre d’agriculture (au centre), a débattu du potentiel des viandes de proximité avec les élus lors de la Session Chambre la semaine dernière.