
En volailles de chair, la crise aviaire semble loin. Les marges brutes sont à la hausse avec 29,89 €/m2 en poulets et 29,07 €/m2 en dindes. Côté technique, l’application de la norme bien-être fait craindre une baisse de la productivité. Les résultats ne reflètent pas encore cette tendance. Par contre, la productivité de la main-d’oeuvre est en hausse car l’augmentation de la taille des structures ne s’accompagne pas d’un accroissement proportionnel de la main-d’oeuvre. De plus, la part des UTH salariées augmente par rapport aux UTH familiales. L’embellie a permis aux producteurs de renouer avec l’investissement, gage de pérennité des exploitations. Aujourd’hui, près d’un bâtiment sur deux a plus de 20 ans… Cet investissement nécessaire a un impact direct sur le coût de production. En poulets, il est à nouveau en hausse, avec une progression des charges proportionnelles de 3,6 % et une augmentation des charges de structure de 11,4 %. Il s’établit à 5,94 €/m2/lot pour l’étude 2010-2011. En dindes, le coût de production s’accroît également. Cependant, contrairement à l’activité poulets, la hausse porte principalement sur les charges proportionnelles (+ 13,3 %). L’augmentation des charges concerne principalement les postes vétérinaires, les combustibles, l’eau et l’électricité.
EBE stable
La situation financière s’est assainie mais reste fragile et peut rapidement se dégrader avec une baisse des prix de vente. L’Excédent brut d’exploitation (EBE) est relativement stable depuis trois ans. Il s’établit aux alentours de 18 €/m2. Cet EBE est utilisé pour faire face aux remboursements d’emprunts et aux prélèvements privés. La reprise de l’investissement par la filière a fait progresser les annuités d’emprunts. En deux ans, ils sont passés de 11 280 € à 15 980 €. Par conséquent, la part d’autofinancement disponible est faible et la totalité du financement des nouveaux investissements se fait par emprunt à moyen ou long terme.
Flambée des matières premières
En volailles de ponte, le contexte est différent. La baisse des prix de vente et la flambée des cours des matières premières posent des difficultés aux producteurs. Le coût de production reste à un niveau élevé. Trois éléments importants expliquent cette situation. En premier lieu, le coût alimentaire représente plus de 50 % du coût de production. Les deux flambées du prix des matières premières en 2007 et 2010 ont eu un impact fort sur le coût alimentaire : alors qu’il était de 2,50 €/100 œufs avant 2007, le montant de la facture alimentaire avoisine les 3 €/100 œufs pour la deuxième année consécutive. Deuxième facteur explicatif, l’investissement qui augmente en raison de la mise aux normes des cages. Enfin, la baisse de la productivité, qui passe de 285 à 279 oeufs/poule, dégrade également le coût de production.
86 % d’endettement
Côté financier, l’EBE reste stable. Cependant, cette valeur ne reflète pas encore la chute des prix engendrée fin 2010. Il faut donc s’attendre à des résultats moins bons dans les prochains mois si la conjoncture ne s’améliore pas. Après avoir fortement progressé ces dernières années, le niveau des annuités professionnelles est en baisse de 6 % et la part des nouveaux emprunts passe de 0,71 €/100 oeufs à 0,68 €/100 œufs. Ce qui montre que la dynamique d’investissement, pour pouvoir être aux normes pour le 1er janvier 2012, ralentit. A noter que le taux d’endettement augmente régulièrement depuis le démarrage des mises aux normes. En quatre ans, il a augmenté de 8 points passant de 78 % en 2008 à 86 % en 2011. Même si ces investissements, réalisés dans le cadre de cette mise aux normes, sont inscrits dans une stratégie à long terme, force est de constater qu’ils mettent à mal la situation financière des exploitations.
Jean-Christophe Séité / Cogedis Fideor
Photo : Si l’investissement redémarre en volailles de chair, la situation est plus difficile pour la filière œufs mise en difficulté par une facture alimentaire en hausse et la mise aux normes bien-être.