
Phénomène assez inédit, en 2011, le prix de la viande bovine à la production augmente depuis juillet. Un regain d'intérêt pour l'engraissement de taurillons est palpable, alors que les déficits fourragers successifs ont amplifié les effets d'années difficiles pour les éleveurs et mis à mal le volume de production sur le Grand Ouest. Dans le cadre d'une démonstration « contention des bovins », Didier Le Breton, éleveur à Plourin-Lès-Morlaix (29), avait ouvert les portes de son EARL. Un éleveur qui est resté motivé et confiant. L'année passée, il a débuté la construction d'un bâtiment destiné à l'engraissement d'une centaine de taurillons par an, une partie des broutards étant issue de son troupeau de 80 allaitantes, le reste acheté au coup par coup. Cette journée était aussi l'occasion de montrer que l'engraissement des taurillons présente un intérêt économique... sous certaines conditions. Pour exposer les points clefs conditionnant la réussite économique d'un tel atelier, Raymond Barré, de la Chambre d'agriculture se base sur l'exemple de l'EARL Le Breton. Avec une viande payée 3,60 € / kg de carcasse et un broutard acheté aux environs de 815 € pour un objectif de 435 kg de carcasse, l'éleveur peut afficher une marge de 332 € / animal, soit 1 800 € / ha consacré à l'atelier. En moissonnant le maïs pour vendre le grain à un prix de 200 € / t, sa marge aurait été proche de 1 000 € / ha.
Le prix prédomine
La balance paraît donc pencher du côté de l'engraissement, mais il convient de mesurer le travail supplémentaire et surtout le risque qu'il représente, « car cela reste une activité spéculative », alerte Raymond Barré. « Tout se joue sur le prix d'achat du broutard et le prix de vente de la viande. » En effet, en simulant avec une variation de plus ou moins 0,10 € / kg sur le prix de la carcasse, la marge directe varie de 19 %, et 50 € en plus ou en moins sur le prix du broutard l'impactent de 21 %. C'est plus que l'effet d'une variation de la moyenne du poids de carcasse de plus ou moins 10 kg (impact de 14 % sur la marge directe). Ainsi, un décrochage brutal du prix de la viande de 0,30 € entre la prévision faite au moment de l'achat des broutards et le prix obtenu lors de la vente des taurillons peut anéantir l'avantage économique de l'engraissement par rapport à la vente de maïs grain. De tels évènements étant rarement prévisibles, pouvoir sécuriser son prix de vente peut donc avoir un intérêt, en permettant de calculer le prix maximum à investir dans le broutard en fonction du niveau de marge que l'on se fixe. Ronan Lombard
Photo : Utiliser son maïs pour l’engraissement peut être rentable à condition que le prix d’achat du broutard soit cohérent avec le prix de vente de la viande.