
L'Institut de l'Elevage a analysé l'évolution structurelle de 400 exploitations laitières entre 2006 à 2009, période de forte turbulence au niveau des prix, des charges et des structures. « Nous les avons regroupées en 3 catégories », explique Benoît Rubin de l'Institut. Dans la première, la production annuelle de lait est restée stable (360 000 L), dans la seconde, la production a augmenté de 360 000 L à 420 000 L avant de redescendre à 360 000 L. La troisième trajectoire s'appuie sur une croissance structurelle de la production passant de 360 000 L à 480 000 L.
Solide sur les fondamentaux
« Le premier constat montre très peu de différences entre les rémunérations du travail dans les trois groupes (de 87 à 96 €/1 000 L) », poursuit Benoît Rubin. « Par contre, au sein d'un même groupe, la variation est plus forte (de 18 € à 156 €/1 000 L). » L'utilisation du levier concentré pour augmenter la production a pénalisé une partie des élevages. L'écart entre le ¼ inférieur et le ¼ supérieur est important dans les élevages en croissance structurelle. « La rémunération varie de 14 à 161 €/1 000 L., ce qui représente plus de 25 000 € d'écart de rémunération par UTH. » « Ceux qui ont utilisé le levier « effectif de vaches » pour augmenter la production s'en sortent mieux mais les écarts se situent à tous les niveaux : prix du lait, charges opérationnelles, mécanisation, bâtiments », estime l'ingénieur. Il apparaît clairement qu'il faut maîtriser les coûts avant de s'engager dans une croissance des volumes. « Il est illusoire de penser que la seule croissance de la production va entraîner une économie d'échelle, une dilution des charges de structure et une croissance du revenu. L'entreprise doit être solide sur ses fondamentaux avant de croître. »
Cohérence dans la mécanisation
Didier Désarménien (Chambre d'Agriculture 53) a analysé 70 études d'optimisation des moyens de production réalisées chez des producteurs de lait de son département. Il constate d'abord qu'il est difficile de revenir en arrière, quand un investissement est réalisé. Il a chiffré chez des exploitants laitiers suréquipés en matériel, l'intérêt de revendre ce matériel et de déléguer les travaux à une Cuma ou une ETA. « En plus du gain en temps de travail, l'économie varie entre 2 et 6 €/1 000 L », souligne Didier. « Malgré cette économie potentielle, on observe une forte réticence des éleveurs à faire ce choix, essentiellement pour des raisons de confiance dans la qualité du travail et de délais. Désinvestir en traction n'est pas facile, le choix d'une cohérence dans la mécanisation doit se faire avant l'achat. » La réduction du coût fourrager est l'autre voie analysée dans cette étude. Les achats de fourrages sont supprimés en cultivant de la luzerne, en diversifiant les espèces, en améliorant les prairies existantes (voir hors-texte).
Faire les bons choix
Ces deux études montrent qu'il y a plus d'écart au sein d'un même système qu'entre systèmes. « Dans une conjoncture actuellement favorable, il ne faut pas avoir la mémoire courte, car la volatilité des prix restera élevée », déclare Bernard Le Lan (Chambre d'Agriculture Bretagne). Il rappelle les fondamentaux. « Les investissements en bâtiments et matériel doivent être choisis en fonction de l'incidence sur le coût de revient et du temps gagné. » Il faut ensuite viser juste dans la conduite de son troupeau, en optimisant progressivement par étapes les fourrages et les concentrés, tout en suivant les conséquences sur la rentabilité. Troisième facteur : la gestion de la trésorerie et la nécessité de prévoir de l'épargne. « Il n'est pas exclus d'avoir, à l'avenir, une baisse du prix du lait de 60 €/1 000 L, d'où la nécessité de conserver un prix d'équilibre si possible inférieur à 280 €/1 000 L. » L'aspect travail ne doit pas être sous-estimé, car il peut avoir des incidences économiques sur l'exploitation. Quant à l'environnement, « on doit obligatoirement le prendre en compte pour être encore producteur demain. » Patrick Bégos
Photo : La réduction du coût fourrager peut avoir des conséquences économiques sur la globalité de l'exploitation.
Analyser l'incidence globale
En cultivant de la luzerne, en diversifiant les fourrages, la rentabilité peut s'améliorer de 5 à 20 €/1 000 L mais il faut étudier les conséquences sur la totalité de l'exploitation. « C'est difficile de gagner sur tous les tableaux », déclare Didier Désarménien. « En introduisant la luzerne, on réduit le maïs et les céréales. Finalement, le gain au niveau du système se limite à 4 €/1 000L. Il faut se donner une ligne de conduite sur plusieurs années en intégrant les atouts et les contraintes de l'exploitation ».