
Pour donner plus de force au message, la Chambre d’agriculture s’est mise en retrait. « Continuer à tirer à boulets rouges sur le monde agricole n’est pas raisonnable », a insisté François Garrec, président de la CCI de Cornouaille, lors d’une conférence de presse tenue en amont de la contre-manifestation « algues vertes » qui a réuni quelque 1 500 personnes, dimanche à Fouesnant. Mais, c’est sans doute Jean-Pierre Ropars, président de la société Monique Ranou, qui met le plus de concret sur le sujet. Quand il entend « Ranou s’agrandit, ce sera plus d’algues vertes », il se dit choqué. Avant de faire front par l’humour : « Tant qu’à faire, peut-être aussi plus de pollutions avec les nouveaux employés qui se rendront au boulot ». Ce discours économique semble inaudible par une frange d’écologistes déterminés à déstabiliser l’agriculture vaille que vaille. Les manifestations contre les algues vertes n’apparaissent d’ailleurs pas toujours comme d’altruistes combats pour l’environnement et la vie en harmonie. Les discours et les propos transpirent souvent d’un combat pour la tranquillité résidentielle de personnes en quête d’une « retraite » paisible à la campagne ou en bord de mer.
Dénoncer les agressions
Lors des prises de parole qui ont égrainé l’après-midi des contre-manifestants réunis sous la bannière « Bretagne unie », Alain Le Bellac, coordinateur du « Collectif pour une Cornouaille vivante et dynamique », s’est adressé frontalement au « discours populiste de certains écologistes, ou pire de certains chercheurs qui déduisent que les paysans sont les seuls responsables des algues vertes ». Réfutant l’argument que le rassemblement est un soutien « à quelques agriculteurs soi-disant intensifs, qui n’en auraient rien à faire de l’environnement », Alain Le Bellac a rappelé que cette journée a été organisée « pour soutenir la grande majorité des agriculteurs qui font au quotidien et qui ont fait les efforts nécessaires pour préserver notre environnement ». Et de rappeler que les accusations des écologistes « touchent des hommes et des femmes, des agriculteurs, des pêcheurs, des artisans, des entrepreneurs mais aussi des salariés qui, en plus des difficultés économiques, doivent supporter ces agressions ».
4 % des plages touchées
À son tour, Gwenola Bayes, gérante d’un hôtel à Fouesnant, a rappelé que, plus que « les algues vertes qui touchent 4 % des plages », c’est « le tapage médiatique réalisé autour du sujet qui affaiblit et peut faire peur aux touristes en donnant une image souillée à la Bretagne ». Et de lancer un appel au « travailler ensemble et à l’unité pour que, dans quelques années, ce ne soit qu’un mauvais souvenir ». Un appel à travailler ensemble relayé par Alain Le Bellac, « persuadé que nous sommes capables de réunir les acteurs économiques, les collectivités et les associations afin de trouver ensemble des solutions pour s’adapter aux différents marchés tout en préservant l’environnement. Mais pour avancer il faut dialoguer ». Dimanche, ce n’était pas même l’esquisse d’un dialogue… Le chemin à parcourir semble bien long. D. Le Du
Photo : 1 500 drapeaux bretons se sont levés pour dire oui à une « Bretagne unie ».