
L’une des plus petites des 8 baies « algues vertes » bretonnes a officialisé son plan de lutte contre les algues vertes avec une priorité agricole au développement des systèmes herbagers. La dominante bovine le permettant. En octobre, la baie de Saint-Brieuc fera de même sur un projet plus agro-énergétique, car le contexte des productions agricoles est différent.
Le préfet de Région, Michel Cadot, accompagné de tous les partenaires signataires du plan de lutte contre les algues vertes de la baie, a voulu marquer l’événement, vendredi 9 septembre dernier, sur l’exploitation d’Arnault et Marylène Le Goffic à Plouzélambre.
Individualiser les engagements
La stratégie retenue est « un objectif collectif, et des engagements individuels ». Cela mérite d’être relevé car elle explicite clairement que ce sont les agriculteurs individuellement sur leurs exploitations qui sont appelés à faire évoluer leurs systèmes. Certes le travail engagé doit s’effectuer sur la base du volontariat, mais il est aussi évident, et le préfet ne s’en cache pas, à défaut de résultats probants à terme du plan prévu sur 5 ans, le réglementaire pourrait faire son retour.
Le dispositif prévoit qu’ils vont être accompagnés par des techniciens. De même des aides doivent favoriser cette évolution, voire compenser les pertes de revenu. Mais l’effort d’adaptation leur revient et il n’est pas mince. Avec deux incertitudes majeures : pas sûr que cela va résoudre totalement le problème des algues dans la baie qui est loin d’être la plus chargée en nitrates, et les conséquences économiques pour les intéressés sont pour le moment difficiles à apprécier.
Pour autant la profession s’engage. Sans doute le prix à payer pour un retour à « une certaine paix sociale » souhaitée par Olivier Allain, le président de la Chambre d’agriculture. Et comme l’a souligné Jean-Noël Sidaner, vice-président de la Chambre et membre du Comité professionnel « parce que ce plan constitue une feuille de route qui doit apporter plus de sérénité aux agriculteurs ».
Pas de recette unique
Concrètement, ce plan a pour ambition d’ici à 2015 d’aboutir à 60 % de la SAU soit en herbe, ainsi qu’à diminuer les entrées d’azote (engrais, concentrés) de 10 % sur le bassin. Une action importante va aussi être conduite pour la reconquête des zones humides afin de leur rendre leur rôle d’épuration. L’adhésion de plus de 80 % des agriculteurs est visée pour valider le plan avec au moins 20 exploitations en bio.
La première étape du volet agricole consiste à élaborer un diagnostic sur l’ensemble des
exploitations. Alors que parallèlement le suivi de 10 fermes pilotes doit donner des enseignements afin de définir les systèmes de productions adaptés et de mesurer les impacts sur les exploitations. De toute évidence, il n’y a pas de recette unique. Le contexte de chaque exploitation est spécifique, notamment au niveau du parcellaire, et nécessite un accompagnement adapté. A noter qu’une action foncière favorisant le regroupement est prévue, mais elle demandera sûrement du temps à se mettre en oeuvre. Quant aux résultats, un suivi annuel quasi permanent est instauré. Sachant comme l’a rappelé un intervenant, « que le milieu a un temps de réponse relativement lent ».
Pierre Dénès
A chacun sa stratégie
Sur l’exploitation laitière d’Arnault et Marylène Le Goffic, l’une des 10 fermes pilotes, la marche à gravir ne paraît pas insurmontable. L’éleveur reconnaît bénéficier d’une situation favorable au vu de sa structure d’exploitation avec 63 ares accessibles par vache. C’est ce qui lui a permis de passer de 56 % de sa surface à plus de 60 %. Il entend cependant préserver une part de maïs pour sécuriser son système, assurer la production et l’équilibre économique. A quelques kilomètres de là, Gilles Callarec, lui aussi éleveur laitier, doit compter avec un parcellaire beaucoup plus éclaté et seulement 20 ares accessibles. Il a pourtant fait le choix de passer la part d’herbe de 40 à 60 % et a fait baisser la part de maïs de 35 à 15 %. Ses interrogations vont aujourd’hui sur l’accompagnement nécessaire à une telle évolution, car la récolte mécanisée du fourrage ou le séchage du foin en grange, nécessitent des investissements importants.
Légende photo : Le préfet de Région aux côtés d’Arnault et Marylène Le Goffic à Plouzélambre