
Au cœur d'un marché porteur, le poulet français est de plus en plus concurrencé par les importations. Celles en provenance des pays tiers, Brésil ou Thaïlande (produits cuits) se sont atténuées. Par contre, la concurrence des pays voisins européens (Pays-Bas et Allemagne) est très vive. « L'enjeu de comptitivité est dans tous les esprits, à nous d'identifier les leviers pour conserver notre part de consommation, voire la développer », déclare Jean-Yves Ménard, président du CIPC (Comité interprofessionnel du poulet classique et certifié).
Fragilisation
La filière est confrontée à la hausse des prix des matières premières et surtout à la difficulté de la répercuter. Distributeurs et producteurs s'affrontent dans un véritable bras de fer. « Les distributeurs rechignent à répercuter l'ensemble des hausses sur les prix de détail. Suite à l'accord sur la prise en compte des variations de prix de l'alimentation animale dans les négociations, on aurait pu espérer qu'une hausse de 40 % de l'indice ITAVI déclenche des discussions immédiates. Cela n'a pas été le cas. » Pour le président du CIPC, « la contractualisation en place dans le secteur de la volaille est mise en péril car les équilibres au sein de la filière sont remis en question. Les abattoirs souffrent et se fragilisent. Cela ne peut plus durer car on assiste à un ralentissement dangereux des investissements à moyen terme. »
Origine et proximité
Face à la crise, la filière doit s'adapter. Comme son pouvoir d'achat n'augmente pas, le consommateur se tourne vers les produits les moins chers, sans être vigilant aux origines. « Nous devons ajuster nos gammes de produits, nos présentations et notre façon de travailler », estime J. Y. Ménard. La concurrence intra-européenne est liée à une moindre compétitivité de la filière française. « Chacun sera appelé à serrer les boulons. Nous devons aussi veiller à développer la clarté de l'étiquetage sur l'origine et à jouer à fond la carte de la proximité. Ce qui présente l'avantage de défendre les emplois dans nos régions », estime le président qui ajoute : « une politique de rénovation et de modernisation du parc de production s'avère plus que jamais indispensable, notamment en matière d'économies d'énergie et d'amélioration des performances zootechniques. » Patrick Bégos
Photo : L'augmentation de près de 40 % de l'indice prix d'aliment n'a pas été compensée par une hausse du prix du poulet, sortie abattoir.
La directive bien-être
« Grâce au consensus développé au sein de la filière, nous avons obtenu une transposition logique des normes européennes relatives au bien-être du poulet », déclare J.Y. Ménard. Le processus de négociation se poursuit avec l'Administration et concerne les critères d'appréciation de la bonne application des mesures réglementaires. « Les éleveurs doivent donc veiller à ce que leurs équipements répondent en quantité et qualité aux normes, qu'il s'agisse des équipements d'éclairage ou de lutte contre les coups de chaleur. » Désormais, l'ensemble des éleveurs de poulets classiques est répertorié et la densité maximale dans chaque bâtiment est établie. Le CIPC coordonne une large étude (confiée à l'ITAVI), sur les lésions observées à l'abattoir qui seraient indicatrices de carences en matière de bien-être en élevage.