
La réforme de la Pac post 2013 pourrait raviver les tensions entre élevage et productions végétales. Il est vrai que l’enjeu n’est pas mince. Car s’il est désormais acquis que l’enveloppe globale nationale sera reconduite, la clé de répartition des futures aides directes du 1er pilier va évoluer. En effet dans le paquet législatif de la Pac post-2013 qui doit être présenté vers le 15 octobre par le commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos, un des aspects alarme les éleveurs. Il s’agit de l’harmonisation au niveau national (ou régional) du montant unitaire à l’ha des aides directes.
Une aide spécifique à l’élevage
Clairement, cela voudrait dire pour les éleveurs, si cette convergence vers des DPU uniformes est la règle, une baisse drastique de leurs aides directes. « La perte pourrait se situer entre 150 et 200 euros par ha», estime Olivier Allain, président de la Chambre d’agriculture. « Dramatique lorsque l’on sait que 80 % du revenu de l’élevage bovin vient des aides directes ». Rappelant que l’élevage à intégré dans ses DPU historiques, après le découplage, l’aide laitière (ADL). Les DPU des éleveurs sont de fait actuellement plus élevées que la moyenne nationale. Un nivellement ne peut donc qu’entraîner mécaniquement une baisse des DPU des éleveurs bovins et des laitiers en particulier.
Si les organisations nationales restent relativement discrètes sur ce point chaud du dossier, la Bretagne et notamment les Costarmoricains montent au front pour faire entendre leur voix. « Nous proposons une alternative au travers d’une aide spécifique à l’élevage », explique Chantal Bévillon, secrétaire général de la FDSEA. Elle viendrait compléter la liste des spécificités déjà prévues pour les régions à handicap naturel, les petits exploitants, les soutiens couplés ou encore l’aide verte. « Nous ne contestons pas ces dispositions qui sont justifiées, mais nous estimons que pour l’élevage il faut aussi tenir compte des contraintes et notamment des charges liées à l’activité (bâtiments, cheptel, matériel) » rajoute Thierry Houël, président des Jeunes Agriculteurs.
Enfoncer le coin
Concrètement, l’idée est de ramener l’équivalent de 200 € / ha en fixant des critères d’éligibilité comme un minimum de 30 000 €/an de chiffre d’affaires élevage, et un plafond, maximum de 50 ha éligibles. Ce qui équivaudrait à mobiliser 1,4 milliard d’euros de l’enveloppe globale pour financer cette aide à l’élevage. « 154 000 exploitations françaises, soit une sur deux, pourraient être concernées par cette aide spécifique à l’élevage, si elle était admise ». Ce qui ferait aussi autant de moins pour les autres secteurs et notamment les cultures. Pas vraiment du goût de tout le monde.
Voilà de quoi alimenter les débats des semaines à venir et pourquoi pas dès le Space qui débute mardi. Car pour le moment les instances nationales font la sourde oreille. D’où ce coup de boutoir des Costarmoricains qui affinent leur stratégie pour d’abord faire adopter le principe de la pertinence d’une aide à l’élevage. « Il faut qu’elle soit inscrite dans l’architecture des aides du 1er pilier de la Pac d’après 2014 à Bruxelles ». La discussion sur son montant viendra dans un deuxième temps. Pierre Dénès
Trouver des alliers nationaux
FDSEA - Jeunes Agriculteurs - et Chambre d’agriculture sont bien décidés à faire avancer le dossier en mettant à contribution les partenaires économiques, mais aussi et surtout les politiques et notamment les députés européens. Il n’est pas impossible, que des alliances puissent aussi se trouver au niveau national. Les organisations spécialisées (FNPL, FNP, FNO …) ne devraient pas être insensibles à la proposition costarmoricaine. Il faut désormais enfoncer le clou pour que rapidement le débat ait lieu.
Légende photo : Sur l’exploitation d’Hervé Moël, l’un des associés du Gaec Amzer-Vrao à Bourbriac, les responsables FDSEA-JA-Chambre - ont présenté leur proposition.