
Le chargement est reconnu depuis longtemps comme facteur essentiel de la productivité par hectare. Une analyse de l’Inra et de l’Institut de l’élevage incluant 131 comparaisons a récemment montré que, dans les gammes de chargement généralement utilisées en France, l’accroissement du chargement de 1 vache par hectare accroît la production de plus de 1 600 kg par hectare (soit 20 %) et ne réduit la production individuelle que de 1 kg/jour (soit 7 %).
Un peu de concentré pour compenser
Dans ces conditions, dans la mesure où la réponse au concentré est en moyenne couramment de 1 kg de lait/kg de concentré pour les animaux à bon potentiel génétique et que cette réponse tend à s’accroître lorsque la quantité d’herbe disponible diminue, il peut être intéressant de distribuer quelques kg de concentré pour limiter les chutes de performance individuelles sur les prairies plus chargées. Cette pratique permet alors de tirer le meilleur parti de l’herbe en forçant les animaux à pâturer ras et donc à valoriser toute l’herbe produite sans pénaliser leurs performances. Le pâturage ras facilite par ailleurs sa gestion pour les cycles suivants. Les simulations réalisées par les chercheurs montrent que l’accroissement du chargement, lorsqu’il n’est pas accompagné de celui de la fertilisation azotée minérale, a très peu d’effet sur les bilans azotés des parcelles et donc sur les risques d’accroissement des pertes azotées par lessivage et/ou volatilisation de protoxyde d’azote. Pour la bonne raison que les variations d’entrée d’azote à l’unité de surface par les concentrés et de sorties par le lait sont très faibles au regard des entrées par l’engrais et/ou la fixation symbiotique.
Un fourrage gratuit
Les chercheurs rappellent encore que les éleveurs ont tout intérêt à allonger au maximum la saison de pâturage compte tenu de la valeur alimentaire élevée de l’herbe pâturée et de son faible coût. C’est notamment possible dans une région comme la Bretagne où il y a une production modérée d’herbe tôt en saison ou tardivement en automne. Sans être pâturée, cette biomasse est perdue alors qu’elle ne coûte rien à produire. Ainsi, dans l’Ouest océanique, des productions de l’ordre de 10 à 20 kg de MS/ha sont enregistrées à partir de la mi-février et début mars. L’intérêt de cette herbe « gratuite » est d’autant plus intéressant que des études ont montré que l’accès au pâturage quelques heures par jour en complément d’un fourrage distribué à volonté à l’auge permet d’accroître la production permise par les fourrages conservés de 1 à 3 kg/j et de minimiser la consommation de fourrages conservés de 3 à 5 kg/j réduisant ainsi d’autant le besoin de récolte. Il est toutefois à noter que ce résultat a été obtenu avec des vaches en tout début de lactation.
À côté des effets positifs sur les performances du troupeau, le pâturage précoce de printemps évite l’accumulation de grandes quantités d’herbe qui peuvent être difficiles à pâturer, améliorant ainsi la facilité de conduite du pâturage sur les cycles suivants jusqu’en été. Il permet aussi d’améliorer la qualité du couvert végétal qui contient une proportion plus importante de feuilles vertes et moins de tissus morts. D. Le Du (Source Rencontres Recherches Ruminants)
Photo : Il y a un intérêt économique à allonger la saison de pâturage par les deux bouts.
Riche mais pas toujours appétente
En Bretagne, la pousse d’octobre est en moyenne de 20 kg MS/ha/jour. Selon la durée de la période de croissance des prairies, la quantité d’herbe produite à l’automne varie de 1 à 2 t MS/ha voire plus. Cela peut représenter jusqu’à 25 % de la pousse annuelle. La valeur moyenne d’une herbe d’automne est de 0,96 UFL, 162 PDIN et 144 PDIE. Elle a pourtant souvent mauvaise réputation. Mais son inappétence est surtout due aux refus des cycles précédents liés à une mauvaise gestion du pâturage ou lorsque des rouilles apparaissent sur les feuilles.