
Prélever la semence de mâles génétiquement intéressants pour inséminer les meilleures femelles : la technique est largement répandue chez de nombreuses espèces animales. S’agissant de l’abeille, tout devient forcément plus compliqué. Apiculteur à Chantepie, Bernard Sauvager est la seule personne en Bretagne à réaliser des inséminations artificielles sur ces insectes... depuis 20 ans.
Des fécondations microscopiques
Dans son laboratoire, le visiteur est prié de se déchausser à l’entrée, question d’hygiène. En blouse blanche, équipé d’un microscope, il prélève le sperme avec une pipette sur une abeille mâle, ou faux-bourdon. « Les reines sont ensuite endormies avec du CO2, avant d’être fécondées », explique l’apiculteur. Suit l’ultime étape de traçabilité : une pastille (blanche en 2011) est posée sur la reine. Une excellente connaissance de l’anatomie des abeilles, de l’habileté et de la pratique sont requises. Complexe, cette technique présente toutefois un taux de réussite supérieur à 90%, et garantit la maîtrise de la génétique. « Les reines et les mâles sont bien identifiés. On peut suivre la généalogie de ces abeilles. »
Depuis trois ans, un groupe d’une vingtaine d’apiculteurs bretons travaillant sur la sélection - membres de la Commission régionale apicole du GIE Lait-Viande – ont recours à cette technique. « Sur trois jours, nous allons réaliser l’insémination d’une cinquantaine de reines provenant de sept élevages. Trois lignées de mâles sont utilisées : deux du Finistère et une du Morbihan », a expliqué Ludovic Fauvel, président de la Commission apicole régionale, le 19 juillet à Chantepie. Le coût est de 20 euros par reine, auquel se rajoutent les frais de déplacement.
Des abeilles propres, douces et productives
« Nous sélectionnons sur plusieurs critères : colonies propres (permettant de limiter les maladies), moins agressives, production de miel, non essaimage », précise Raymond Emeillat, animateur régional. Le groupe s’occupe des lignées mâles. Par contre, chaque apiculteur sélectionne lui-même ses femelles, « les meilleures localement. » Un autre type d’actions est menée par le groupe : la fécondation dirigée sur des îles telles que Sein, dénuées de populations d’abeilles pour éviter les fécondations non voulues. « Les apiculteurs volontaires amènent leurs reines sur l’île pour un séjour de deux semaines. Elles sont fécondées par les mâles de lignées intéressantes, également apportés. » Moins technique que l’insémination artificielle, la fécondation dirigée conduit cependant à des taux de réussite inférieurs (60 à 70 %), les pertes étant plus importantes. Une opération a été menée en mai dernier sur l’île Callot. « 160 reines vierges ont été amenées en deux lots, avec les mâles nécessaires, environ 10 000, pour réaliser les fécondations naturelles ». Ouessant est un exemple de préservation génétique insulaire. Au large du Finistère, l'abeille noire d'Ouessant, espèce endogène, est protégée des croisements. Agnès Cussonneau
Photo : Les mâles destinés à l’insémination artificielle sont collectés sur les cadres.
Moins de pertes ?
Les filles issues des reines du programme de sélection génèreront à leur tour de nouvelles ruches. Et ainsi de suite. Des retours économiques sont attendus par les apiculteurs, notamment en production de miel. Peut-être que cette amélioration génétique permettra aussi de limiter les pertes d’abeille qui sont aujourd’hui de l’ordre de 30%. « Pour un élevage moyen de 400 ruches, c’est plus de 100 ruches qui doivent être reconstituées chaque année », illustre Ludovic Fauvel. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles 3 à 5 000 reines fécondées sont importées en Bretagne chaque année, sachant que la région compte aux alentours de 50 000 ruches. « Il serait intéressant que des élevages de multiplication se mettent en place en Bretagne, avec des abeilles de la région. Pour le moment il n’y en a aucun. Cela permettrait de réduire les coûts et de mieux maîtriser le sanitaire. »