Entre le Danemark et les Pays-Bas d'un côté, la France et l'Allemagne de l'autre, les structures d'élevage de porcs évoluent très différemment. Dans les deux premiers pays, la concentration et l'agrandissement ont été phénoménaux : en 10 ans, le nombre d'élevages de truies a été divisé par 3 au Danemark et par 2 aux Pays-Bas, leur taille moyenne étant respectivement multipliée par 3,1 et 1,7. Au Danemark, le nombre des élevages de truies a diminué de 44 % entre 2005 et 2010, avec un effectif animal stable. Au Danemark, les 905 élevages de plus de 500 truies, concentrent 69 % des effectifs en 2010. Aux Pays-Bas, on en compte 721, d'une taille moyenne de 1 018 truies, concentrant près de 60 % du troupeau. En France et en Allemagne, les élevages de moins de 200 truies rassemblent encore près de la moitié du cheptel reproducteur, contre 7,7 % aux Pays-Bas, 4,4 % au Danemark.
De très grandes structures encouragées
Face à la concurrence européenne voire mondiale, les économistes danois et néerlandais encouragent l'agrandissement des élevages pour comprimer les coûts, et améliorer les performances zootechniques notamment... Avec leur niveau technique et des économies d'échelle, les plus grandes structures peuvent limiter l'effet sur le coût de revient des investissements liés aux nouvelles contraintes. Les professionnels soulignent un paradoxe. Répondre aux objectifs des réglementations (environnement et bien-être animal) entraîne l'essor des grandes fermes. Un contre-pied aux idées reçues.
Un débat de société
Aux Pays-Bas, des débats de société accompagnent cette évolution structurelle. La multiplication des structures de plus de 1 200 places de truies ou 7 500 places d'engraissement a fait naître une opposition manifeste dans la population. Le débat porte sur les conditions de vie, la santé animale et humaine, la sécurité sanitaire des aliments, le paysage, le voisinage et l'air, les risques pour le modèle d'exploitation familiale... Des pétitions ont conduit en 2010 à un plafonnement de la taille des élevages aux Pays-Bas. Le contraste est saisissant entre l'extrême restructuration au Danemark surtout, ou aux Pays-Bas, et le relatif immobilisme en France. Mais cette course à la taille rencontre aujourd'hui l'opposition de la société et peut-être ses limites, sociales et économiques, dans une compétition internationale considérée intenable. Toujours est-il que dans ces deux pays une vague de restructuration est passée. Source Ifip