Allemagne, Irlande, Italie, Danemark. Les secteurs laitiers de ces différents pays ont été passés en revue lors la journée Cerel du 30 juin, à Rennes, afin d’éclairer les réflexions sur les pistes d’avenir de la filière laitière française. Et de l’avenir, les produits laitiers en ont avec une consommation en forte hausse dans les pays émergents. « L’Australie et la Nouvelle-Zélande ne pourront pas à elles seules servir l’accroissement de la demande en Asie », a situé Philippe Jachnick, consultant en économie et politiques laitières.
« Gérer les équilibres »
« La laiterie France dispose de belles entreprises et marques internationales, mais a aussi été grosse consommatrice d’écoulements aidés, une politique qui n’est désormais plus à l’ordre du jour », ajoute-t-il en précisant que les équilibres vont désormais devoir être gérés par des entreprises de grande dimension, en particulier sur des marché comme le beurre ou la poudre de lait. Des restructurations importantes sont d’ailleurs en cours (Lactalis, Glac-Eurial...). Dans les gros groupes mondiaux, apparaissent aux côtés des Européens, Nord-Américains et Japonais, des entreprises mexicaines et chinoises. « Toutefois, il restera des places à prendre sur des marchés de niches. » Pour Gérard You de l’Institut de l’élevage, la transformation française paraît moins bien préparée que les filières nord-européennes aux marchés laitiers de demain. « Les produits industriels représentent 30 % de la collecte nationale, contre 17 % en Allemagne (ceci étant du à la saisonnalité plus importante en France). Malgré cela, les industriels ont peu investi et parié sur ces produits, contrairement aux gros bassins coopératifs européens qui souhaitent gagner des parts sur un marché mondial devenu
porteur. »
Trois « Frances laitières »
Du côté des exploitations françaises, des évolutions sont en cours, avec des enjeux différents selon la situation. « En plaine (Ouest notamment), 46 % des exploitations produisent la moitié de la référence du pays. Ces entreprises sont moins spécialisées, moins productives que dans d’autres zones européennes, mais le coût du foncier y est moins important et les charges opérationnelles bien maîtrisées. Autre avantage, ces structures présentent des réserves importantes de productivité du cheptel et du travail. » Produisant actuellement le tiers du lait sur 30 % des exploitations hexagonales, les zones de polyculture-élevage seront confrontées à la concurrence des céréales. En zones de montagne, les coûts de production sont beaucoup plus élevés, avec des valorisations très différentes selon les massifs. « Leur avenir dépendra des politiques d’accompagnement. » Agnès Cussonneau
Les Irlandais accélèrent
Le lait européen se fera en France, en Allemagne, au Danemark... Il faudra aussi compter avec les Irlandais qui entendent faire progresser leur production de 50 % en 10 ans. Un chiffre qui semble toutefois optimiste. L’enthousiasme des producteurs est bien présent, porté par leur compétitivité liée à l’herbe et le consensus national fort. Mais la capacité de transformation, actuellement ajustée aux mois de grosse production (mai-juin), est insuffisante pour faire face à l’expansion. Des investissements sont nécessaires, également dans la R et D pour valoriser le lait additionnel, ce qui n’est pas évident du fait de la pauvreté des ressources et de l’accès au crédit problématique.