
Des femmes, tout simplement. C’est par elles que vient le changement. Que se brise l’inertie des sociétés masculines. D’hommes, elles n’en parlent d’ailleurs pas. Maïmounata, Asséto, Kouavi, Angèle, agricultrices au Burkina-faso, sourient à leur évocation. Semblent les pardonner de leur absence d’implication dans leur projet par cette phrase lapidaire : « Ils font autre chose ».
Assurer un revenu aux femmes
Au terme de deux semaines de tournée dans les entreprises et fermes finistériennes, ces femmes africaines ont nourri leur curiosité sur le fonctionnement des structures coopératives qui ont largement contribué à l’élan agricole breton. « Ce qui nous a marqué lors de notre séjour, c’est ce travail en commun. Individuellement, on ne fait rien. Il y a des matériels qu'on ne peut pas acheter seul. Alors on continue à faire à la main ».
Pour autant, ces femmes ne cèdent pas au découragement. Bien au contraire. Depuis plusieurs années, ces agricultrices ont décidé de faire jeu commun. Aujourd’hui, elles font partie du réseau RTCF : réseau de transformation de céréales du Faso. « Dans notre région de Ouagadougou, 20 transformatrices adhèrent au réseau. En tout, 60 sites de transformation fonctionnent sur le pays, soit 1 200 femmes que l’on accompagne », commente la représentante du groupe.
Le réseau vise plusieurs objectifs : le premier étant d’assurer un revenu aux femmes. « Nous pouvons ainsi payer la scolarité à nos enfants », dit l’une d’elles, convaincue que l’éducation est le socle d’une sortie par le haut. Autres objectifs affichés : valoriser les céréales locales et faciliter la vie des femmes qui travaillent en ville. « Quand elles rentrent de leur travail, les femmes ne peuvent pas passer 3-4 heures à préparer les plats traditionnels. C’est pourquoi nous proposons des préparations qu'on peut cuire en 5-10 mn. Nous avons même poussé le marketing en imprimant des conseils d’utilisation sur les sachets ».
Valorisation des produits locaux
La valorisation des céréales locales permet également de soutenir l’emploi. Car avant d’être ensachées, les graines de maïs, mil, sorgho, fonio, etc., doivent être épurées, ventilées, broyées, séchées. Un travail qui exige une importante main-d’œuvre. Avec ce risque récurrent d’un télescopage avec des matières premières importées qui viennent casser la dynamique de valorisation des produits locaux. « Les produits importés sont moins chers, mais ils n’ont pas les mêmes valeurs nutritives », mettent en avant les agricultrices qui s’approvisionnent également sur les « bourses de vente » organisées par Afrique Verte ; voire en signant des contrats sur les volumes et les prix.
En prolongement de cette première initiative de transformation, les femmes du réseau envisagent de s’intéresser à la commercialisation des produits. « Actuellement, chacune se débrouille pour vendre sa production. Notre objectif est de labelliser nos produits, en mettant en avant leurs qualités nutritives, mais aussi d’hygiène, d’origine locale », expliquent ces femmes qui n’hésitent pas à se former. De ce projet devrait naître une organisation d’un circuit de commercialisation pour que les femmes ne soient plus forcément obligées d’enfourcher la mobylette ou le vélo pour écouler leurs produits.
Didier Le Du
Un projet soutenu par Even
Depuis 1979, la coopérative Even consacre 0,5 % de la rémunération du capital social au financement de projets de développement. « C’est de l’argent que les adhérents acceptent de ne pas percevoir. Ils participent ainsi à des projets de développement en Amérique du Sud, Asie, Afrique », se félicite Guy Le Bars, président de la
coopérative.
« Nous choisissons les projets à dimension humaine», poursuit Yves Kermarrec, agriculteur au Drennec et président de la commission « agriculteurs solidaires » de la coopérative. « Ce qui permet d’éviter une perdition d’argent dans les frais de structure. Notre volonté est qu’un euro donné soit directement investi localement ». Et Marie-Pierre Plougastel, secrétaire de la commission de compléter : « Notre vocation n’est pas d’aller sur place. Nous faisons confiance même si nous demandons des rapports d’étape pour s’assurer de la bonne utilisation des fonds ».
Légende photo : Quatre représentantes du réseau RTCF ont parcouru le Finistère en quête d’idées pour enrichir le fonctionnement de leur organisation.