
Légume et binage ne font pas toujours bon ménage. Un couple du genre « je t’aime, moi non plus ». En effet, d’un côté l’industrie n’encourage pas la technique au risque de retrouver des cailloux dans les trémies de légumes. D’un autre, des producteurs sont sensibilisés au binage pour des raisons de structure du sol, d’écologie, voire d’amélioration de l’état sanitaire. C’est justement pour ce dernier motif que Michel Le Berre, producteur de 40 ha de légume industrie à Bannalec, utilise la bineuse depuis 5 ans. « Dans cette parcelle, il y a eu 20 fois du légume depuis 1984 », a-t-il expliqué lors d’une porte ouverte « innovations », organisée par la Chambre d'agriculture et les Cuma.
Complémentaire des rotations
En 2007, Michel Le Berre qui cultive haricots, pois, épinards, choux-fleurs, carottes et céleris, a investi dans une bineuse. Un outil 8 rangs avec lames Lelièvre, guidé par caméra qu’il utilise entre autres sur chou-fleur et haricot. Coût de l’investissement : 24 000 € dont 50 % à mettre au compte du système de guidage. « J’ai bénéficié de 8 000 € d’aides », a-t-il précisé en mentionnant un coût d’entretien de 400 €/an.
Ce matériel permet des débits de chantier variables selon les cultures : 2 ha/heure en maïs ; 1 ha/heure en chou (4 rangs) ; 1 ha/heure en colza et haricot. «Avec des limites d’utilisation dans les parcelles trop en pente ou présentant des courbes trop prononcées », commente Michel Le Berre qui, en parallèle, propose des prestations ETA dans le secteur. « Il faut compter 55 €/ha en chou et haricot, 45 €/ha en maïs », cite-t-il.
Outre la succession de cultures légumières sur une même parcelle qui est propice au développement des maladies, la pratique de plusieurs labours par an, combinées à l’irrigation, est un facteur de dégradation de la structure du sol. D’où aussi l’intérêt du binage pour décroûter la surface. « La houe rotative donne de très bons résultats dans ce domaine », accorde Pierre Demeuré, technicien machinisme à la Chambre d'agriculture. Reste qu’il n’y a rien de mieux que les rotations culturales pour améliorer la structure du sol et l’état sanitaire. « L’idéal est de mettre de l’herbe et des couverts dans les rotations », commente Daniel Hanocq, agronome à la Chambre d'agriculture, en rappelant aussi que « les grandes cultures, en général, font des ruptures intéressantes ».
Flush d’azote après période sèche
Si les rotations participent à l’amélioration de la structure du sol et à l’état sanitaire de la culture, elles contribuent également à gérer les flux d’azote. « Un haricot peut absorber 180 kg d’azote, mais restitue 50 unités par les gousses. De même, un fumier sur épinard fournira aussi de l’azote pour le haricot qui suit », cite Daniel Hanocq afin de montrer l’intérêt de raisonner les rotations pour des raisons environnementales mais aussi économiques (valorisation des intrants). Il ajoute : « Après une période sèche, il y a un flush d’azote qui provient de la minéralisation des microorganismes morts et enkystés ». C’est cet effet flush qui est responsable du verdissement des cultures ces dernières semaines (entre autres l’herbe) suite aux pluies de la mi-juin.
Reste qu’en légumes, dont le cycle végétatif est relativement court, il serait plus qu’hasardeux d’attendre cet effet flush pour profiter des éléments nutritifs du sol. D’où l’incitation des producteurs à irriguer. « Ici, 56 ha sur 80 sont irrigables », a expliqué Michel Le Berre qui a investi quelque 2 000 €/ha pour le système d’irrigation (réserve + réseau enterré). Et de préciser qu’un haricot a besoin de 200 mm d’eau du semis à la récolte. Dont en moyenne 50 % sous forme d’irrigation. Ce qui revient à pratiquer 4 arrosages de 25 mm. « De mon côté, je limite à 20 mm par passage. Ce qui revient à aider la plante sans l’assister ». Autrement dit à inciter la plante à plonger ses racines en profondeur pour aller chercher l’humidité.
Didier Le Du
Légende photo : Lors de la porte ouverte, un essai sur haricot a été réalisé avec une houe rotative : en situation sèche, le décroûtage est spectaculaire ; les plants ne pas abîmés.